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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 11:52

La communauté par le retrait

de Gustav Landauer

Editions du Sandre, 300 pages, oct.2008, 28 €*

 

Les média présentent souvent Daniel Cohn-Bendit, de façon récurrente, comme “l'anarchiste allemand” le plus célèbre. Pour tous ceux qui connaissent ce mouvement c'est – avouez-le – faire trop de déshonneur à celui-ci. Contrairement à ce qui se dit ou s’écrit, “Dany le Rouge”, lui-même, n’a jamais revendiqué un tel statut. Alors qui, parmi ces média spécialisés dans la distillation de platitudes, connaît aujourd'hui véritablement Gustav Landauer ?

Né en 1870, voici un homme qui effectue un bref passage dans la mouvance minoritaire de la social-démocratie (SPD) allemande. Il la délaisse rapidement pour se rapprocher du mouvement anarchiste dont il deviend la principale figure intellectuelle d’outre-Rhin. En 1893, dans le journal Der Sozialist dont il est le rédacteur en chef, il se déclare clairement collectiviste anarchiste.

Le titre de cet ouvrage, reprend celui d’une conférence qu’il réalise au début du XXe siècle. Il donne toute la tonalité de son propos. Landauer commence ainsi : “La distance qui nous sépare du reste de l’humanité, nous qui nous considérons comme une avant-garde, est devenue effrayante et proprement inqualifiable”. Pour lui, il ne s’agit pas de se mettre en recul et fuir vers un quelconque refuge, une tour d’ivoire, lui permettant de développer tout son scepticisme. N’oublions que notre auteur reste imprégné par toute cette culture romantique baignant son époque. Non, Landauer comprend parfaitement la distance qui sépare l’avant-garde des masses populaires. Une bonne part de son ouvrage s’articule sur cette démonstration et cherche, finalement, à la sortir de cette situation.

Fin lecteur des œuvres proudhoniennes, quelque peu inspiré par celle d’Etienne de la Boétie, il fera siennes les conceptions de résistance passive collective de ce dernier. L’idée fondamentale qui oriente ses recherches théoriques part de ce principe essentiel : c’est par la somme des efforts individuel et collectif qui se réalisent en marge du système social que, au moment propice, cette somme d’efforts peut détruire puis reconstruire un nouveau type de société.

Dans un autre passage, en fin d'ouvrage, Landauer nous explique que “nous ne sommes en aucun cas condamné à l’inaction, à l’attente, à la simple propagande, à la réclamation et à la sommation, nous pouvons beaucoup, un groupe précis peut s’organiser et accomplir quelque chose, s’il ne se laisse pas impressionner par les difficultés, les poursuites et les moqueries” (in Dresse-toi, socialiste !).

A partir de ces deux citations opposées, nous voyons là un des aspects de la modernité du discours de Gustav Landauer. Une modernité qui se trouve renforcée dans les chapitres consacrées à la religion et, plus particulièrement, au judaïsme (pour la petite histoire, rappelons que Landauer est issu d’une famille juive). Après sa participation à la République libre de Bavière, il sera arrêté en 1919, battu puis abattu en prison. En 1933, lorsque les nazis accèderont au pouvoir, ils déterreront son urne pour l’envoyer à la communauté juive de Munich….

Nous avons bien conscience que ces quelques mots de présentation ne sauraient suffire à établir tous les contours de cet auteur remarquable. Je ne peux que vous conseiller de le lire. Félicitons l’éditeur, très peu connu, qui sait nous offrir des ouvrages de qualité, sortant heureusement des sentiers battus par les grandes maisons d'édition. A leur façon, les Editions du Sandre font resurgir des auteurs oubliés d'une philosophie politique que les médias-spectacle caricaturent en continuant de la personnifier avec le leader "gründ" allemand.

* Distribution l'Harmattan.

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Roland Bosdeveix - dans A comme ARTS
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 11:44

RM48.jpgMain basse sur l’école publique

Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi

Editions Demopolis, Août 2008, 224 pages, 20 €

A travers ce débat récurrent qui agite régulièrement notre pays sur le devenir de son école, il importe de nous arrêter sur l’ouvrage d’Eddy Khaldi et de Muriel Fitoussi. Son contenu reste tout à fait exceptionnel et remarquable à plus d’un titre.

Les auteurs, enseignant pour le premier et journaliste pour la seconde, mènent leur enquête dans les arrière-cours du pouvoir, là où se concoctent les grandes orientations et les décisions qui conditionnent l’avenir scolaire. Minutieusemeebrousse-poil.over-blog.comnt, avec force détails, ils décortiquent les lobbies et les structures décisionnelles et, ce qu’ils découvrent, n’est pas sans nous inquiéter quelque peu. Certes, avec d’autres mouvements laïques, cela fait de nombreuses années que nous dénonçons systématiquement le délabrement organisé de la structure Education nationale. Mais, avec cette enquête, nous saisissons mieux où se situe les zones de confluence. Bien que complexe à démêler, l’écheveau des réseaux apparaît avec une telle évidence qu’il fallait posséder le brio et les qualités de nos deux auteurs pour en dénouer patiemment tous les fils.

Les quatre chapitres du livre décortiquent les différentes stratégies chrétiennes et ultra-libérale en faveur de l’enseignement privé. Celui-ci cherche à “séparer l’école de l’Etat”. Les tours de passe-passe que développe la majorité actuelle au pouvoir ainsi que ses habiles discours de ses représentants entretiennent et justifient cette orientation à terme.

Une telle analyse devrait en faire réfléchir plus d’un, à commencer par tous ceux qui prétendent incarner les valeurs dites de gauche et laïques. Nous pensons notamment à des hommes comme Jack Lang, particulièrement épinglé par nos deux auteurs qui l’accusent de trahison.

Sans aucun doute, ce livre devrait être mis rapidement entre toutes les mains. Bravo aux auteurs qui, avec beaucoup de brio et de passion, nous ont entraîné sur les pentes, combien savonnées, d’une école publique pas encore moribonde mais bien mal en point !

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Roland Bosdeveix - dans A comme ARTS
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 11:18


ChrRM47.jpgoniques d’un incroyant

par Bruno ALEXANDRE

Tome 1

Les Editions libertaires – 2008 – 120 pages – 10 €*

 

Décidément, nous sommes toujours dans le registre “chronique”. Mais comment s’en échapper, ou le dire autrement pour chercher l’explication de nos malheurs ? Bruno Alexandre, un vrai récidiviste. Il n’en est pas à commettre son premier ouvrage et, avec ce dernier qui s’annonce comme le tome 1, attendez-vous à plus encore…

Ce premier tome mérite son pesant d’éloges. Textes à l’appui, après nous avoir expliqué comment les religions du Livre sont nées par la guerre, l’auteur, à travers la récente affaire des caricatures, en remet une couche en analysant la notion de blasphème vue toujours par les défenseurs du Livre.

Bref, du pur bonheur à savourer et à diffuser comme il se doit…

* Les Editions Libertaires, 35 allée de l'Angle, Chaucre 17190 St-Georges d'Oléron


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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 10:44

Buonarroti l’inoxydable

Jean-Marc Schiappa

Les Editions Libertaires, 1er trim. 2008, 286 pages, 15 €*

 

Biographie exceptionnelle d’un homme d’action, “l’une des plus belles figures de la Révolution française” dira de lui l’historien Maurice Dommanget.

286 pages pour décortiquer le personnage : sa vie familiale, ses relations avec les grands acteurs de la révolution, son action avant, pendant et après les événements de 1789, et ses années de prison ou de déportation.

Nous apprenons à mieux le cerner et il nous surprend ! Buonarroti est connu pour être l’homme des sociétés secrètes : clubs politiques, charbonnerie, loges maçonniques qui sont pour lui à la fois “un abri” et “un lieu de prosélytisme”. Comme Babeuf, militant pour l’Egalité, il reste l’un des précurseurs du communisme. Il participera, avec son ami, à la conjuration des Egaux.

Buonarroti décèdera dans sa soixante-seizième année, à Paris, sous la monarchie de Juillet. Sa vie, jusqu’à la fin, souvent n’aura été qu’un long parcours dans la clandestinité.

Félicitons l’auteur car son travail n’avait rien d’évident, tant les sources et les documents concernant les sociétés auxquelles “l’inoxydable” participa restent floues, sinon absentes. Sa lecture en est d’autant plus passionnante !

* Les Editions Libertaires, 35 allée de l’Angle, Chaucre 17190 St-Georges d’Oléron


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Roland Bosdeveix - dans A comme ARTS
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