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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 07:12

 

Il y a quatorze ans, le 23 août 1997, l'Unesco proclame ce jour comme étant la "Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition". Il s'agit d'empêcher l'oubli et de rappeler, selon les termes de Koïchiro Matsuura, alors directeur de cet organisme, qu'elle fut "une tragédie longtemps occultée ou méconnue et de lui restituer la place qui doit être la sienne dans la conscience des hommes".

 

En effet, comment oublier cette redoutable marchandisation des êtres humains qui a permis l'essor industriel des grandes nations européennes et américaines, construit par cette servitude et son corollaire : la source d'énergie puissante qu'elle générait pour leur économie respective.

 

23-aout-esclave.jpgLe revers de ce drame planétaire se traduit, encore aujourd'hui, par une déstructuration complète de l'Afrique au niveau démographique, notamment en Afrique de l'Ouest, dans ces zones subsahéliennes où s'est concentré l'approvisionnement principal d'esclaves. Cela a eu sur le long terme comme conséquence également d'opérer un laminage économique de ce continent, autre fait générateur de son sous-développement.

 

Il y a dix ans, lors de la conférence de Durban (Afrique du Sud) en septembre 2001, les pays colonialistes refusèrent de présenter leurs excuses. Toutefois, les 170 Etats présents sont parvenus à un accord consensuel qui n'admet que des réparations historiques et ...morales, c'est-à-dire rien.

 

Ce devoir de réparation de la mémoire et de prise de conscience historique ne changent rien à l'affaire. Les vrais problèmes subsistent et continuent de régir les relations nord-sud. Comment faire semblant et ne pas s'étonner que ce devoir de mémoire disparaît à chaque arrivage de clandestins sur les cotes de l'Europe ?

 

Nous savons que trop à qui nous devons la puissance de nos pays. Nous sommes effarés du cynisme et de la violence violence générées par notre société auprès de sa jeunesse des banlieues, victime, elle-aussi, de la sociabilité coloniale. Elie Reclus (le frère d'Elisée) écrivait déjà en 1894 : "Il n'est pas encore tout à fait mort, le pauvre Nègre, mais il ne traînera plus longtemps. Il est tombé sous les coups d'une civilisation dont les campagnes, dites pacifiques, sont plus meurtrières que ne fut jamais guerre entre sauvages"*. Ces propos nous font toujours aussi froids dans le dos et nous éloignent de cette société qui dispense d'une charité et d'une bonne conscience très sélective.

 

Alors, sans hypocrisie, ne sommes-nous pas en droit de poser cette question : a-t-on le droit de fêter cette pseudo Journée internationale du souvenir ?

 

* In Le primitif d'Australie.

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 17:54

 

C'est en ce jour, 31 juillet 2005, que disparaît une très vieille connaissance : René Bianco.


Pendant de très nombreuses années, René aura été militant de la Fédération anarchiste, une activité libertaire bien remplie, particulièrement axée sur les problèmes gravitant autour de l'éducation et de la culture.

 

31-juillet-Bianco.jpgC'est ainsi qu'il crée, en 1967, une association dans la cité phocéenne qui prendra la dénomination : Culture et liberté. Dans le cadre de celle-ci, il édite des ouvrages, celui de Léo Campion en particulier : Les anarchistes dans la franc-maçonnerie qui est devenu dans sa version profane : Le drapeau noir, l'équerre et le compas. Comme ce dernier, il a été franc-maçon. Maintes fois, j'eus l'occasion de le rencontrer principalement lors de congrès de la F.A. mais aussi, plus rarement, à la Libre Pensée à laquelle il appartenait également. Son visage jovial me semble très représentatif de ce qu'il était : ouvert, spirituel et empreint d'une grande, mais discrète, culture.

 

Homme d'action, René a été l'organisateur de campings libertaires. Il participe à un groupe clandestin contre l'OAS et il n'hésite pas à soutenir le mouvement des objecteurs de conscience. Homme de pensée, il fonde le CIRA (Centre d'informations et de recherche libertaire), en 1965. Ce sera véritablement l'œuvre majeure de sa vie militante. Il fut l'auteur de nombre d'études et de biographies d'anarchistes publiées dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.

 

Décidément, en ce jour d'été, l'homme vaut bien un petit coup de chapeau ...et ce détour sur la Canebière !

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 08:30

 

Depuis 2006 circule sur le Net le "Manifeste des Désobéissants". Nous sommes heureux de voir réapparaître ce concept défini par l'Américain Henri-David Thoreau, dans un livre référence, édité en 1849, sous le titreEssai sur le Devoir de Désobéissance civile.

12-juillet-Thoreau.jpgHenri-David THOREAU naquit le 12 juillet 1817, à Concord dans le Massachusetts (U.S.A). Il reste un personnage singulier : écrivain, poète et résistant à la puissance publique, il est l'un des pionniers de l'individualisme anarchiste aux Etats-Unis. Pendant deux ans, au bord du lac Walden, dans un baraquement construit par lui-même, il y vit en ermite. Deux ans de solitude qui lui permettent de se consacrer à l'écriture et à l'observation de la nature. Il en publie un ouvrage Un Philosophe dans les bois.

De retour parmi ses congénères, il s'oppose à la toute-puissance des pouvoirs publics et refuse de payer l'impôt. Dans un texte de résistance et de désobéissance à l'Etat, il affirme : "Dans leur masse, les hommes servent ainsi l'Etat, non pas tant par leur qualité d'hommes, mais avec leur corps, comme des machines. Ils constituent l'armée permanente, la milice, les gardiens de prison, les gendarmes, la force publique, etc."

(…) "Je n'ai jamais refusé de payer la taxe pour l'entretien des routes car je suis tout aussi désireux d'être bon voisin que mauvais sujet. En ce qui concerne celle des écoles, je contribue pour le moment à l'éducation de mes concitoyens. Je ne refuse pas de m'acquitter de ma feuille d'impôts en raison de telle ou telle rubrique spécifique qui y figure, je souhaite uniquement dénier mon allégeance à l'Etat, me mettre à l'écart et m'en tenir effectivement à distance. Je ne me soucie guère de suivre mon dollar à la trace, si tant est qu'on puisse le faire, du moment qu'il ne sert pas à acheter un homme ou un fusil pour tirer sur quelqu'un."

 

ou encore :"...Ce monde est un carrefour d'affaires. Quelle agitation incessante ! Pratiquement toutes les nuits, je suis réveillé par le halètement des locomotives. Cela interrompt mes rêves. On ne respecte pas le sabbat. Comme il serait merveilleux" de voir, pour une fois, le genre humain s'adonner au loisir ! Il ny a rien d'autre que le travail, le travail et encore le travail. Ce n'est pas chose aisée que d'acheter un cahier aux pages blanches pour y consigner nos pensées, tous sont en général pourvus de lignes pour y inscrire des dollars et des cents.

 

Thoreau disparaîtra à l'âge de quarante-cinq ans. Il aura été le grand inspirateur d'une démarche de résistance non violente, démarche qui sera reprise par tous ceux qui, face à la guerre, face aux injustices de toute nature, entendent pratiquer la désobéissance civile. Dans ce monde qui marche sur la tête depuis pas mal de temps, il semblerait que ce refus reste le seul moyen mis à notre disposition pour s'opposer à cette machinerie étatico-capitaliste destructrice d'hommes et de la planète.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 06:58

 

Le 19 juin 1960, près de 400.000 personnes se rassemblèrent sur la pelouse du bois de Vincennes. Un rassemblement qui fait suite à une pétition initiée par le Comité National d'Action Laïque et signée par quelques 10.813.697 pétitionnaires. Objectif : abroger la loi dite "Debré", votée six mois plus tôt, le 9 décembre 1959.


Une loi anti-laïque extrêment agressive qui fut, selon les termes du président de la Fédération Nationale de la Libre Pensée de l'époque, Jean Cotereau, "un étranglement dans la nuit". En permettant le financement public de l'Ecole privée dans le cadre de contrats simples ou d’associations, cette loi s'apparente à une véritable machine de guerre dressée contre l'Ecole publique.

 

19-juin-Ecole.jpg

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 07:43

 

En ce jour de l'an 1830 en Haute-Marne, à Vroncourt-la-Côte, naquit Louise Michel.

 

29-mai-L.Michel.jpg

 

En 1871, elle participa activement à la Commune de Paris. Arrêtée, elle est déportée par le gouvernement en Nouvelle-Calédonie. 1880 marque son retour en métropole. Par la popularité qu'elle a acquise, la militante anarchiste enchaînera meetings et manifestations jusqu'à son dernier souffle.


En raison des très nombreuses analyses déjà publiées, il nous paraît bien superflu d'y ajouter notre grain de sel sur la vie extraordinaire de cette femme particulièrement attachante. Par contre, il nous semble plus judicieux de rappeler l'ensemble de sa production littéraire qui caractérise l'activité de "la Louise". C'est tout bonnement impressionnant.

 

Nombre de ses ouvrages, très peu connus d'ailleurs, n'ont pas fait l'objet d'une réédition. Alors si par chance  vous en possédez et si vous souhaitez vous en départir, nous sommes preneur...



Œuvres de Louise Michel


Le Livre du bagne, Le Livre d’Hermann, Lueurs dans l'ombre, Plus d'idiots, Plus de fous.Textes de réflexion. Paris, Imp. A. E. Rochelle, 1861.

Le Livre du jour de l'An, historiettes, contes et légendes pour enfants.J. Brare éditeur, 1872.

La Grève dernière.Nouvelle vendue au bénéfice des grévistes de Villefranche et de la propagande du parti révolutionnaire. Lyon, Imp. typographique A. Pastel, 1881.

Le Claque-dents.Roman. Paris, Dentu, sans date.

La Misère.Roman de mœurs parisiennes, écrit en collaboration avec Jean Guétré. Paris, Librairie Arthème Fayard, 1882.

Le Gars Yvon.Légende bretonne. Imp. Adolphe Reiff, 1882.

Nadine, Prométhée.Pièces de théâtre. 1882.

Le Bâtard impérial.Nouvelle ou drame en 5 actes, écrit en collaboration avec Jean Winter. Librairie Nationale, 1883.

La Fille du peuple.Nouvelle ou drame en 5 actes, écrit en collaboration avec Adolphe Grippa. Librairie Nationale, 1883.

Contes et légendes pour les enfants. Illustré par l'auteur, avec une préface d'Henri Rochefort. Paris, Kéva et Cie. Éditeurs La Neige, 1884.

Légendes et chansons de geste canaques. Illustré par l'auteur. Paris, Kéva et Cie. Éditeurs La Neige, 1885.

Les Paysans.Ecrit en collaboration avec Emile Gautier (2 tomes). Éditions A. Cubillot, 1883 ou 1886.

Les Microbes humains.Roman. Paris, Dentu, 1886.

Mémoires. Editions Stock, 1886.

L'Ère nouvelle, Pensée dernière, Souvenirs de Calédonie. Librairie Socialiste Internationale, Achille Le Roy, 1887.

Lectures encyclopédiques par cycles attractifs. Librairie d'Éducation Laïque, 1888.

Le Cop rouge.Drame en 6 actes et 8 tableaux. Paris, Édition Edinger, 1888.

Le Monde nouveau.Paris, Dentu, 1888.

Les Crimes de l'époque.Nouvelles. Paris, N. Blanpain, 1888. Bibliothèque du dimanche.

Le Pilou-pilou du roi Manouséba, La Grève. Pièces de théâtre.

Prise de possession.1890.

Les Filles de la Gaboulette,1890.

Souvenirs et aventures de ma vie, Édition La Découverte/Maspero, 1983.

À travers la vie et la mort.Poésies. Librairie Arthème Fayard, 1864.

La Commune.Paris, Stock, 1898. Réédition aux PU en 2006.

La Commune. Histoire et Souvenirs.Paris, Stock, 1898.

Le Rêve en Inquisition et Antisémitisme. Résumé de l’Histoire juive. Commentaires sur le mouvement antisémite par Constant Martin. Paris, Bureaux du Droit de Vivre, 1898.

Avant la Commune.Œuvres posthumes. Préface de Laurent Tailhade. Alforville, Librairie Internationaliste, 1905.

Histoire de ma vie.Seconde et troisième parties. Éditions aux PU de Lyon en 2000.

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 18:15

 

Bien que le mois de mai fut celui de l'agonie de la Commune de Paris, ce fut aussi le mois, ne l'oublions pas, durant lequel eurent lieu d'importantes émeutes parisiennes, le 10 mai 1968 exactement.

 

Ce soir-là, pour la enième fois, Léo Ferré chantait au gala annuel du groupe libertaire Louise Michel. Ce soir-là, nous sentions bien qu'une ambiance particulièrement survoltée se diffusait imperceptiblement dans la foule qui se répandait dans les rues du Quartier latin. Vers minuit, à la sortie de la Mutualité, nombre d'entre-nous rejoignèrent les premiers groupements de manifestants qui se formaient. Une première barricade est érigée rue Gay-Lussac. La nuit fut particulièrement mouvementée. Au petit matin, les autorités recenseront près de 200 véhicules brûlés et quelque 370 blessés dont plus de 250 chez les forces de l'ordre.


10-mai1968.jpgLa superbe photo que vous voyez ici fit la "une" de nombreux journaux de l'époque. La jeune militante qui porte le drapeau noir a été, pendant un temps assez bref, membre du groupe libertaire Louise Michel de la Fédération Anarchiste.


Les événements de 1968 ont de loin dépassés ceux de 1936. Ils furent le résultat du malaise profond et multiforme d'une jeunesse étudiante et  ouvrière refusant l'ensemble des valeurs traditionnelles de la société française. Une constestation globale qui concernait l'autorité, le système économique de classes, la société de consommation, les moyens d'information aux ordres, l'hypocrisie des relations sexuelles ; bref, une contestation exprimant une véritable révolution culturelle n'ayant rien à voir, bien sûr, avec celle qui se déroulait en Chine.


Les célèbres solgans "Cours camarade, le vieux monde est derrière toi" ou bien "Sous les pavés, la plage" ne seront que de brèves incantations. Le vieux monde et plus particulièrement le mouvement syndical, en particulier la puissante CGT bien contrôlé par un parti communiste tout aussi puissant, affichera assez vite sa volonté de reprise du travail, empêchant toute possibilité d'extension des conflits.


Certains ont parlé des événements de 1968 comme d'une "révolution manquée". Effectivement, le mouvement fut puissant mais trop bref dans la durée. Toutefois, cette "révolution" laissera d'importantes traces indélébiles dans le fonctionnement de la société française.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 14:27

 

10 mai oblige, le trentième anniversaire de la venue au pouvoir suprême de François Mitterrand se voit célébré par les médias. Ceux qui souhaiteraient se faire une opinion en ne se satisfaisant pas seulement des propos cire-pompes de Jacques Attali ou de Roland Dumas, partout présents, trouveront ci-dessous l’article paru le 18 janvier 1996 dans « Le Monde libertaire », rédigé à l’occasion de la mort de François Mitterrand, survenue dix jours auparavant. Ce texte figure également dans la sélection d’articles publiés dans l’ouvrage « Et pourtant ils existent – 1954-2004, “Le Monde libertaire” a 50 ans », le Cherche Midi éditeur, 2004.

  

LA FIN D’UNE IMPOSTURE

mitterrand-1981.jpgL’annonce de la mort de François Mitterrand était à peine diffusée que déjà, obéissant à ses règles de toujours, la mafia politique, des seconds couteaux aux grands caïds, sortait le grand jeu. Dieu et la patrie à la bouche, toute la canaille titrée, mandatée, Légion d’honneur, couronne mortuaire ou crucifix en avant, aura défilé pour ce grand bal des faux culs inconsolables que la République offre de temps à autre à ses citoyens électeurs, quand disparaît l’un de ses hommes providentiels.

Pour orchestrer ce grand deuil façon show-biz, des médias plus rampants que jamais auront rivalisé de servilité, et il n’est pas sûr que l’autre disparu du jour, Info Matin, exécuté en même temps que ses journalistes par André Rousselet, grand ami du défunt, eût apporté une note discordante dans ce bien indigne concert de louanges qui, le temps d’une trêve hypocrite entre chefs de bande, aura occupé la France élue pour un public voyeur et anesthésié. Mais que tous ceux qu’amuse cette galerie de polichinelles faisandés se rassurent : la vie, comme on dit, reprend vite ses droits, et la vie politique ses travers. A l’heure où vous lirez ces lignes, ce touchant élan commun pour un tripatouillage médiatique de cadavre exquis aura cessé, et coups bas et combines en tout genre auront retrouvé leur vraie place, la première.

De cet indécent torrent de larmes de crocodiles de tous bords, il faudra retenir qu’il s’agit là, avant tout, d’une ode exaltée à l’Etat-nation, magnifié à travers la personne du président disparu, par des hommes politiques souvent opposés mais unis sur l’essentiel, la défense de leur juteux gagne-pain, et bien décidés à profiter de l’aubaine pour pérenniser et sacraliser l’idée même de pouvoir auprès d’une foule dont le peu de raison s’estompe alors tout à fait devant le spectacle offert par ces manipulateurs d’émotions basses.

De cet homme qui vient de mourir, il a déjà été dit bien des choses, et l’avenir proche en annonce déjà des tonnes d’autres, forcément pertinentes, on s’en doute. L’Histoire, nous dit-on, jugera. Quand on sait tous les outrages que lui ont fait subir la cohorte de maquereaux qui l’ont prise sous leur bienveillante protection, on nous permettra d’offrir ici une petite contribution totalement désintéressée à ceux qui, demain, voudront bien ne pas se satisfaire des « avis autorisés » de ces spécialistes.

Se fondant sur la constatation d’une dérive monarchiste de leur exercice du pouvoir, on a souvent comparé Mitterrand et de Gaulle, cette autre escroquerie monumentale… Il est vrai que leurs carrières restent des chefs-d’œuvre de félonie et d’arrivisme forcené, et d’ailleurs, aujourd’hui comme il y a un quart de siècle, chacun s’est plu, sans taire son admiration, à glorifier chez le mort célèbre l’art du mensonge, de la manipulation et du reniement, autant de « qualités » qui, « avec la folie des grandeurs, écrivions-nous ici même il y a quelques semaines, distinguent ces aventuriers douteux destinés à devenir, au fil du temps, légendes dorées pour âmes simples ».

D’une jeunesse pétainiste à un socialisme de pacotille, en passant par une IVe République qui lui permit d’assouplir son échine, un mauvais rôle dans un piètre western tourné du côté de l’Observatoire, tout ou presque a été dit de cet itinéraire « exemplaire » qui puise son inspiration chez Machiavel et Ignace de Loyola. Comme le bibelot de valeur sur la cheminée du salon, un héros de la nation donne du cachet à la République. Deux, cela commence à faire désordre. Aussi, Mitterrand n’aura de cesse de combattre son grand rival de Colombey, portant la querelle sur le terrain des institutions et du pouvoir personnel, dans lesquels il se coulera avec délice quand l’heure viendra de prendre la place du « dictateur ». Et c’est avec ce cynisme charmant qui fait les présidents lettrés que Mitterrand pourra affirmer, en 1990 : « Je me souviens d’avoir dit que les institutions actuelles, contre lesquelles j’ai voté, étaient dangereuses avant moi et qu’elles pourraient le redevenir après moi. » Un ange passe, la rose au poing…

L’homme, on le sait, finira par jeter son dévolu sur le Parti socialiste, tremplin de ses ambitions suprêmes, et comme un coup d’Etat réussi contribue dans ce pays à forger l’image virile des sauveurs de la patrie, Mitterrand, faute de mieux, fera le sien du côté d’Epinay, en 1971. Si les « qualités » de stratège de cet enfant de Jarnac lui furent sans doute indispensables pour réaliser cet « exploit », la médiocrité et la veulerie des dirigeants de ce parti ne comptèrent pas pour rien dans cette opération de prise en main d’un courant politique qui fut, reste et restera de tous les renoncements, de toutes les volte-face et trahisons. Puis ce fut le couronnement…

« Monsieur Mitterrand, vous n’êtes pas plus révolutionnaire que de Gaulle ! Si vous deveniez le maître de l’Elysée, vous ne seriez ni plus ni moins réformiste que l’équipe actuelle… » En 1965, François Mauriac, intime de Dieu – pas Mitterrand, non, l’Autre, le « vrai » –, nous prévenait à sa manière et non sans lucidité que le futur maître des lieux saurait se faire à son tour le « gérant loyal du capitalisme », comme Léon Blum le fut avant lui. Et sans attendre le détail du bilan économique et socialement désastreux de ce socialisme-là, il se pourrait bien que le directeur d’un quotidien du soir soit déjà dans le vrai quand il affirme que ses deux septennats « resteront dans l’Histoire comme une période de modernisation, de restructuration forte et accélérée du capitalisme français ». Un autre ange passe, à la main les discours de Mitterrand sur l’argent roi, « qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes »…

L’enseignement qu’il convient de retenir de ces quatorze années de mitterrandie aiguë est incontestablement celui du mythe de la gauche, où se mêlent la bêtise, le besoin d’aveuglement, une foi inébranlable envers un courant et des hommes censés représenter des valeurs sans cesse reniées, violentées, bafouées, trahies. Encore une fois, Mitterrand aura eu beau s’empresser de jeter aux orties la quasi-totalité de ses cent dix propositions, rien n’y fera – il est de « gôche », n’est-ce pas ? –, et la pâle copie corrézienne qui lui sert de successeur méditera sans doute avec amertume cette leçon de choses gouvernementale de grande classe, lui qui a réussi en six mois ce que deux septennats de promesses non tenues auront su éviter : mettre trois millions de personnes dans la rue.

Pour brosser avec plus de précision le portrait de cet homme qui sut restaurer mieux encore que le Général les manières d’Ancien Régime, il sera nécessaire de bien étudier le rôle qu’il sut faire jouer à un parterre d’admirateurs inconditionnels et par là même ridicules, issus du monde intellectuel et artistique : courtisans mondains à la Pierre Bergé, théâtreux gorgés de suffisance et de subventions, écrivains, comédiens et chanteurs « rebelles », comme ce faux prolo, faux loubard mais authentique lèche-bottes à la Renaud. Ceux-là joueront auprès d’une bourgeoisie libérale ou d’une jeunesse en quête d’idoles, avec les organisations satellites tapinant dans l’antiracisme et l’humanitaire, le rôle dévolu aux syndicats auprès des travailleurs pour mieux faire passer la pilule. On a vu tous ces laquais, ces jours derniers, venir remercier le mort pour les bonnes places offertes au plantureux banquet de la République. Ce sont eux qui contribueront à fabriquer cette image pieuse d’humaniste tentant par ses faibles moyens de faire avancer le schmilblick de la liberté-égalité-fraternité dans un monde hostile. Cruelles humanités qui obligèrent cet homme de cœur à diriger le pays grâce auquel on s’étripe un peu partout dans le monde avec les armes qu’il produit, et à réaliser une telle quantité d’essais nucléaires que de Gaulle avec sa bombinette fait office de gamin turbulent jouant avec des pétards mouillés. Un troisième ange passe. Facétieux, il s’est fait la tête du capitaine Barril, un écouteur sur les oreilles…

Comme ses camarades girouettes gorgés de discours pacifistes et qui finirent par se vautrer dans l’union sacrée, comme ceux de la Libération qui n’eurent pour grand dessein que la modernisation du capitalisme, François Mitterrand est un mensonge énorme, une gigantesque imposture !

L’anniversaire de la mort de De Gaulle m’avait permis d’écrire, en novembre dernier, que, « de Vercingétorix à la vieille baderne étoilée de Colombey, les escroqueries providentielles ne manquent pas. D’autres viendront qui n’auront pour légitimité que la bêtise des foules abdiquant toute responsabilité, toute dignité, pour sacraliser des totems ». François Mitterrand vient d’entrer dans ce triste panthéon qui fait la fierté de l’école républicaine et entraîne des cohortes de cocus à célébrer leur cocufiage à l’ombre de la croix de Lorraine ou du côté de la Bastille. Désolés, nous ne porterons pas le deuil.

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 09:13

 

"J'ai trop l'horreur des théories et des théoriciens, des doctrines et des doctrinaires, des catéchismes d'école et des grammaires de sectes pour argumenter et discutailler à perte de vue sur l'acte d'un homme que le bourreau tient déjà par les cheveux, et que tous avaient le droit d'injurier et de réprouver, sauf nous !"

Le cri du peuple - 30 janvier 1887

 

24-avril-Severine.jpgAinsi s'exprimait Séverine qui, dans sa trentième année (1885), succède à Jules Vallès afin d'assurer la direction du journal que celui-ci avait fondé. A la suite d'une forte opposition avec Jules Guesde, elle décide de le quitter en 1888.

 

L'amitié qui la liait avec l'insurgé Vallès influence sa démarche comme femme libre et féministe. Séverine est de tous les combats pour la liberté et la défense des droits de l'homme. Celle-ci n'a de cesse de dénoncer toutes les injustices dont celle, bien sûr, concernant Dreyfus.

 

En 1897, nous voyons sa signature dans les pages du premier journal féministe quotidien : La fronde. Pacifiste convaincue, elle s'oppose dès 1914 à "l'union sacrée". Après avoir été en 1918 membre de la SFIO, la révolution russe voit en elle une supportrice résolue qui la conduit à adhérer, en 1921, au parti communiste.

 

Sa culture libertaine* reprendra le dessus et, deux ans plus tard, elle décide de reprendre son autonomie politique tout en continuant son action au sein de la Ligue des droits de l'homme. Elle s'attache à la défense de nombreux militants libertaires, tels Durruti, Ascaso, Sacco et Vanzetti. En ce 24 avril 1929, Séverine disparaît. Elle a alors soixante-quatorze ans.

 

 

Journaliste, elle commit plusieurs ouvrages. En voici au moins trois :

  • Notes d’une frondeuse : de la Boulange au Panama, Préface de Jules Vallès.

  • Pages mystiques, Affaire Dreyfus : Vers la lumière... impressions vécues.

  • Line : 1855-1867.

* Libertaine : Novlangue ou faute de frappe ? Pour le savoir, lisez le commentaire publié par une lectrice.

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 17:10

 

En ce 11 avril 2011 s'applique désormais une nouvelle loi d'interdiction de la dissimulation du visage dans l'espace public.

Il y a 140 ans, jour pour jour, le peuple de Paris se trouvait à mi-parcours de son expérience communarde. En ce jour anniversaire, nous sommes heureux de publier cette supplique destinée à toutes les femmes.

 

Appel "Aux citoyennes de Paris"

Journal officiel de la Commune 11 avril 1871


« Paris est bloqué, Paris est bombardé…

Citoyennes, ou sont-ils nos enfants, et nos frères, et nos maris ?

Entendez-vous le canon qui gronde et le tocsin qui sonne l’appel sacré ?

Aux armes, la patrie est en danger !

Sont-ce des légions organisées des tyrans de l’Europe qui massacrent non frères ? …Non, ces ennemis, ces assassins du peuples sont des Français !

Ce vertige fratricide qui s’empare de la France, c’est l’acte final de l’éternel antagonisme du droit et de la force, du travail et de l’exploitation, du peuple et de ses bourreaux….

Citoyennes de Paris, descendantes des femmes de la grande Révolution, qui au nom du peuple et de la justice, marchaient sur Versailles, ramenant captif Louis XVI, nous, mères, femmes, sœurs de ce peuple français, supporterons-nous plus longtemps que la misère et l’ignorance fassent des ennemis de nos enfants, que père contre fils, ils viennent s’entretuer sous nos yeux pour le caprice de nos oppresseurs qui veulent l’anéantissement de Paris après l’avoir livré aux étrangers ?

Citoyennes,…il faut que c’en soit fait du vieux monde. Et ce n’est pas seulement la France qui se lève, tous les peuples civilisés attendent notre triomphe pour, à leur tour se délivrer... Cette même Allemagne, dont les armées princières dévastaient notre patrie, est elle-même ébranlée et travaillé par le souffle révolutionnaire ! Depuis six mois, elle est en état de siège et ses représentants ouvriers sont au cachot. La Russie … est prête à combattre et à mourir pour la République et la transformation sociale. L’Irlande, la Pologne, l’Espagne l’Italie, l’Autriche ….

Citoyennes, le gant est jeté, il faut vivre ou mourir ….

Si les infâmes qui fusillent les prisonniers, qui assassinent nos chefs, mitraillent une foule de femmes désarmées, tant mieux ! le cri d’horreur et d’indignation achèvera ce que nous aurons tenté !… Et si les rames et les baïonnettes sont toutes utilisées par nos frères, il nous restera encore des pavés pour écraser les traîtres ! »…

 

Trois jours plus tard, le 14 avril 1871, cet appel sera suivi d'un second message :

 

Adresse des citoyennes à la Commission Exécutive de la Commune

 

11 avril La Commune

"Considérant :

  • Qu’il est du devoir de tous de combattre pour la grande Révolution

  • Que le péril est imminent et l’ennemi est aux portes de Paris

  • Que l’Union faisant la force tous les efforts individuels doivent se fusionner pour former une résistance collective

  • Que la Commune proclame l’anéantissement de tout privilège, de toute inégalité,… sans distinction de sexe, distinction créée et maintenue par le besoin de l’antagonisme sur lequel reposent les privilèges des classes dominantes

  • Que le triomphe de la lutte actuelle… a le même intérêt pour les citoyens et les citoyennes.

  • Que le massacre des défenseurs de Paris exaspère la masse des citoyennes et les pousse à la vengeance

  • Qu’un grand nombre d’entre elles est résolu à combattre et à vaincre ou mourir pour la défenses de nos droits communs

  • Qu’une organisation sérieuse est capable de donner un soutien à la Commune et ne peut réussir qu’avec l’aide et le concours du Gouvernement de la Commune."

Pour les citoyennes déléguées :

Adélaïde Valentin ouvrière ; Noémie Colleuille ouvrière ; Marcand, ouvrière ; Sophie Graix, ouvrière ; Joséphine Pratt, ouvrière ; Céline Delvanquier, ouvrière, Aimée Delvanquier, ouvrière ; Elisabeth Dmitrieff.

 

En ce 11 avril, il nous semble difficile de rendre plus grand hommage à ces femmes avançant à visage découvert. Tout simplement, elles entendaient changer le vieux monde et rompre avec toutes les inégalités.

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 08:40

 

  Tardi-La-Commune-1871.jpg

 

En souvenir de


Agar Florence– Brocher Victorine– Dmitrieff Elisabeth – Eudes Victorine – Excoffon Béatrix– Jaclard Anna – Lemel Nathalie – Léo Léodile – Machu Hortense – Marchais Joséphine - Michel Louise – Mink Paulina – Poirier Sophie – Rétiffe Elisabeth – Richoux Elodie – Suétens Léonie - Tinayre Marguerite...


 

En souvenir de


18-marsLuce.jpgAab Eugène   Alavoine A ndré – Allem ane Jean – Allix Jules – Amouroux Charles – Andrieu Jules – Arnault Armand – Arnold Georges – Arnould Arthur – Assi Alphonse – Aubry Hector - Avrial Augustin – Babick Jules – Bastelica André – Bergeret Jules – Beslay Charles – Bestetti Eugène – Billioray Alfred – Boudin Etienne – Bouis Casimir – Brideau Gabriel – Briosne Louis – Brissac Henri – Brunel Paul – Calvinhac Gustave – Camélinat ZéphirinCapellaro Claude - Caulet du Tayac Gaston – Cavalier Georges – CazeRobert – Chabert Claude – Chalain Louis – Champy Henry – Chardon Jean-Baptiste – Chassin Charles – Châtelain Eugène – Chaudey Gustave – Chouteau Henri – Cipriani Amilcare – Cladel Léon – Claris Aristide – Clémence Hippolyte - Clément Emile - Clément Jean-Baptiste - Clément Victor – Cluseret Gustave – Combatz Lucien – Combault Amédée - Courbet Gustave – Cournet Frédéric - Da Costa Eugène - Da Costa Gaston – Dalou Aimé – Debock Louis – Decamps Louis – Delescluze Charles — Delimal Odilon — Demay Antoine — Denis Pierre — Dereure Louis – Descamps Baptiste Dombrowski Jaroslaw — Du Bisson Raoul — Duchêne Georges – Dumay Jean-Baptiste — Dupont Anthime - Dupont Clovis – Durand Jacques – Duval Emile – Eudes Emile – Fenouillas Jean-Philippe – Ferré Théophile – Flourens Gustave – Fortin Emile – François Jean-Baptiste – Fränkel Léo – Gaillard Napoléon – Gambon Charles – Gastineau Benjamin – Genton Gustave - Gérardin Charles - Gérardin Eugène –Geresme Hubert – Gill Louis – Gois Emile - Goullé Albert – Goupil Edmond – Grandier Albert – Granger Ernest – Grousset Paschal - Henry Lucien - Henry Sixte-Casse – Herpin-Lacroix Armand – Hugues Hubert – Humbert Alphonse – Jaclard Victor – Jeanneret Georges – Johannard Jules – Jourde Francis - La Cecilia Napoléon – Lachambeaudie Pierre – Lachatre Maurice – Lafargue Paul – Lagrange Charles – Langevin Camille – Ledroit Charles – Lefrançais Gustave – Lepelletier Edmond – Lisbonne Maxime – Lissagaray Prosper – Loiseau-Pinson Charles – Lolive Joseph – Lonclas Alphonse – Longuet Charles – Lucipia Louis – Lullier Charles – Maljournal Charles – Malon Benoît – Malzieux Pierre – Manet Edouard – Maroteau Gustave – Martelet Jules — Martine Paul – May Elie — Mayer Simon — Mégy Léon – Melliet Léon – Millière    Jean-Baptiste – Miot Jules – Moilin Jules – Montels Jules – 18 mars La RueMoreau Edouard - Mortier Henri – Murat André – Myard Henri – Nadar Félix – Napias Claude – Nostag François – Okolowicz Auguste – Ostyn François – Oudet Emile – Pain Olivier – Parent Ulysse – Parisel François – Piat Paul – Pillot Jean-Jacques – Pilotell Georges – Pindy Jean-Louis – Place Henri – Pottier Eugène – Pourille Stanislas – Puget Ernest – Pyat Félix – Ranc Arthur – Ranvier Gabriel – Raspail François – Rastoul Paul – Razoua Eugène - Reclus Élie - Reclus Elisée – Régère Dominique – Rigault Raoul – Rochefort Henri – Rogeard Auguste – Rossel Louis – Rouillac Jean-Pierre – Saint-Omer Emile – Serizier Jean-Baptiste – Serraillier Auguste – Sicard Auguste – Theisz Albert – Thirifocq Louis – Treillard Camille – Tridon Gustave – Trinquet Alexis - Turpin Urbain Raoul – Vaillant Edouard - Vallès Jules – Varlin Eugène - VerdaguerVerdure Augustin – Vermersch Eugène – Vermorel Auguste – Vésinier Pierre – Viard Auguste – Vuillaume Maxime – Wroblewski Walery.

 

A la mémoire de


toutes les femmes et tous les hommes anonymes ouvriers : briquetiers, mécaniciens, chaudronniers, cordonniers, couteliers, ébénistes, relieurs, typograpĥes, chapeliers..., employés, cheminots, enseignants, architectes, avocats, médecins, écrivains, journalistes, artistes, militaires, lithographes, parfumeurs, ingénieurs,

 

qui se sacrifièrent pour que Vive la Commune.

 

Je mets en lien, ce site de photographies transmis qui complètent avec bonheur cet hommage. Merci à Michel Clémence et, à l'auteur  du site Jean Paulachard. 


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