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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 17:17

 

Une chorale dans la rue : pouah !

Les hommes de main de M. Guéan ne semblent guère apprécier Georges Brassens. Est-ce bien surprenant ? A leur décharge, il faut bien considérer que dans ce corps de fonctionnaires la poésie n'a pas de droit de cité au concours d'entrée. C'est bien dommage !

 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 18:18

Réflexions militantes

 


Le décalage existant


entre le syndicalisme de base


et les dirigeants syndicaux


ne cesse de s'étendre



Nous avons le plaisir de publier cet article du camarade Jacques Tourtaux, militant CGT, publié dans le blog de Caroleone. Il traduit parfaitement le malaise existant au sein des confédérations ouvrières.

Ce problème des dirigeants n'est malheureusement pas nouveau et est apparu dès que la fonction a été rémunérée. Il s'est accentué avec la difficile révocabilité du permanent par tous ceux qui l'ont élu. Assez rares sont les militants qui refusent cette fonction. Je dois avouer que je fus l'un de ceux-là : tous les mandats régionaux et nationaux dont je fus investis à la CGT-FO ont toujours été assurés à titre bénévole ou dans le cadre des heures de délégation syndicale.

Si une telle pratique s'instituait, il est à parier que le syndicalisme, en revenant au plus près de ses origines, deviendrait plus combatif parce que plus insaisissable. En jouant les cartes du paritarisme et de l'octroi des subventions publics, les confédérations portent une lourde responsabilité dans ce dévoiement.

Est-ce qu'un retour aux sources est possible ? On peut y croire... toutefois, il semble difficile de suivre Jacques dans son espoir d'un sursaut des syndicats et des U.L. face à leurs permanents A l'exemple de 1968, seule une lame de fond profonde pourrait démarrer ce processus. Mais, contrairement à 1968, il importe que cette lame perdure bien au-delà des quelques semaines qui agitèrent la France et qui firent peur au pouvoir.

Saluons l'auteur pour son travail de réflexion qui, indiscutablement, a le mérite de poser un vrai problème. Le débat est ouvert !

Roland Bosdeveix



Voix-du-Peuple-1906.jpg  "Il est évident que lorsque l'on fait carrière dans le syndicalisme... réformiste et que de ce fait, on ne connait pas les fins de mois difficiles, on ne peut pas réagir de la même façon que les camarades qui peinent chaque mois pour joindre les deux bouts.

Les salaires de nos dirigeants syndicaux que d'ailleurs je ne connais pas mais qui sont ceux de cadres, y compris au niveau des Unions Départementales, ne sont pas comparables avec ceux des gueux qui vivent des situations dramatiques et connaissent ou vont connaître par millions, travailleurs précaires, actifs, chômeurs ou retraités, une aggravation de leur misérable vie.

Tant que les donneurs de leçons n'auront pas compris cela, le fossé s'élargira entre les couches modestes de la population et celles qui ont un confort inaccessible pour nous qui ne sommes que des gueux.

Je comprends parfaitement les appels au secours de nombreux internautes qui crient leur colère et leur impuissance sur leurs blogs mais, si nous n'arrivons pas à nous rassembler, par le biais d'internet qui est un outil militant formidable pour qui sait l'exploiter, je ne vois pas d'issue.

Les discours ne servent à rien, seuls comptent les actes.

Je ne cacherai pas que je vais être de plus en plus virulent sur mon blog, le n'ai plus rien à perdre, que mes chaînes. Je suis de ceux qui, chaque mois, tendent le dos à se demander ce que l'autre enfoiré va encore nous inventer pour nous humilier à en crever pour certains d'entre nous.

Nous travaillons comme des bêtes sur nos blogs. Des camarades de la CGT notamment opinent du chef, nous comprennent, disent souvent comme nous mais, continuent d"écouter et de diffuser la parole des leaders syndicaux.

La gravité de la situation interdit aux militants d'être assis entre deux chaises. Il faut choisir entre ramper ou résister.

Il ne faut pas perdre de vue que si le 7 au soir, les travailleurs cessent la lutte ou si celle-ci continue isolément pour quelques ilots de résistance, ces travailleurs syndiqués ou non et l'ensemble de la classe ouvrière, seront les grands perdants de la gigantesque farce menée par le tandem Chérèque/Thibault qui permettra à Sarkozy d'accentuer la répression contre les salauds de pauvres.

Nous n'avons pas d'autre choix que de bloquer tous ensemble le pays et là, le peuple suivra.

Je suis démonté lorsque je lis que dans des organismes sociaux comme la Sécu, les appels à la grève sont pour une période de 0h55.

Les enjeux sont tellement graves puisqu'il y va de la survie des plus pauvres, que je ne puis comprendre que l'on ne fasse pas grève. Pour moi, 55 minutes, ce n'est pas une grève, c'est une mascarade au regard des sacrifices consentis par nos aînés, par les générations suivantes et par ceux qui luttent actuellement en tentant désespérément de défendre leur outil de travail.

Je disais donc que si l'ensemble de la classe ouvrière et ses syndicat et Unions Locales ne prennent pas conscience de la nature de la gravité de ce qui les attend, s'ils continuent à suivre béatement comme des moutons des dirigeants qu'ils faut bousculer dans leur tour d'ivoire, la chasse aux sorcières qui existe déjà dans la CGT notamment, va s'accentuer, tant de la part des despotes qui gouvernent le pays que des directions syndicales réformistes qui rejettent les militants de lutte de classe et se font les complices de nos ennemis de classe.

J'ai évoqué la CGT parce que je sais qu'en dépit de la félonie de certains de ses dirigeants, les militants ont toujours été et seront toujours le fer de lance de la CGT et de la classe ouvrière.

Tout en sachant que la classe ouvrière n'est plus si nombreuse qu'autrefois, je maintiens que ce qui a été possible en 68 l'est tout autant en 2010. Il suffit d'en avoir la volonté politique, ce que je ne perçois pas actuellement, loin s'en faut, chez nos dirigeants syndicaux.

En 68, dis-je, si la grève a été trahie, ce n'est pas le fait des travailleurs à la base qui se sont battus sur des positions de classe puisque la grève est partie de la base et qu'il n'y a pas eu, d'ordre de grève générale illimitée de la confédération.

Les décisions de reconduite du mouvement étaient prises à la base, sur le tas, chaque jour en assemblée générale par les grévistes.

Des militants combatifs, il en existe toujours mais, ce n'est pas en regardant les copains lutter que l'on va créer le rapport de forces indispensable à toute lutte pour qu'elle soit victorieuse."

Jacques TOURTAUX

Cheminot retraité CGT

http://jacques.tourtaux.over-blog.com.over-blog.com/

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 14:57

Je me sens obligé de partager le plaisir que j'ai éprouvé en lisant cet ouvrage découvert par hasard.

Ce passage particulier est un vrai régal pour qui sait apprécier. Il est bien entendu qu'il ne faut faire aucun rapprochement avec notre actualité française !


Levi.jpgL'auteur, Eliphas LEVI (vrai nom : Alphonse-Louis CONSTANT), est né le 8 février 1810 à Paris où il mourut le 31 mai 1875. Il écrivit et publia (surtout) "La voix de la famine" en 1846. Il fut d'abord ecclésiastique puis franc-maçon dont il démissionna, leur reprochant leur anti-christianisme (!) avant de devenir... une figure de l'occultisme !.. Sûrement un personnage "intéressant" ?

Bonne lecture (son ouvrage est lisible sur internet).

R.L.C.


 

 

"Jusqu'à présent les intrigants se sont servis du peuple sous le prétexte de le servir. On a fait faire des révolutions par lui est jamais pour lui. Deux fois le peuple a pris les Tuileries, et deux fois les bourgeois y sont entrés et ont mis les blouses à la porte ; nous ne voulons pas de mystification pareille : que nous importe à nous l'opposition parlementaire, quand tous les partis font de l'opposition au peuple ? Il y a des bourgeois repus qui méprisent franchement le prolétaire, et des bourgeois avides qui le flattent pour arriver par lui et le mépriser ensuite. Lesquels sont préférables ? Les uns et les autres sont des lâches ; les derniers sont des hypocrites et des menteurs.

À qui a profité la révolution de 89 ? à la bourgeoisie. -- et le peuple ? on lui a laissé les taches de sang ! -- et l'on vient encore nous parler de la République ! Des Robespierre au petit pied, les employés sans place, les avocats sans cause, des parleurs sans raison veulent recommencer le gâchis de 93, pour pêcher en eaux troubles et jouer ensuite au petit caporal ; Merci ! Nous sortons d'en prendre ! Tant qu’on ne parlera pas de reconstituer la propriété d'une manière plus équitable n'écoutons pas les phraseurs qui déblatèrent contre le pouvoir parce qu'ils ne sont pas au pouvoir.

 Nous savons que ces gens-là, une fois parvenus, sont des tyrans de la pire espèce, parce qu'ils sont en garde contre toutes les attaques employées par eux-mêmes contre leurs prédécesseurs, et qu'ils n'ont paru servir dans le camp de la liberté que pour en devenir les transfuges.

Certes, il s'agit bien de savoir si l'ambition de M. Thiers ou de M. Odilon-Barrot est rassasiée lorsque les multitudes ont faim ? Dites-moi un peu, compagnons charpentiers en chômage, cordonniers et tailleurs, forgerons et maçons, prolétaires de tous les états, pauvres de tous âges, affamés de toute les professions, lequel aimez- vous mieux de M. Thiers ou de M. Guizot ?.. Je vous entends, vous n'avez qu'une voix pour répondre : nous aimons mieux du pain !

Et que nous font à nous les débats d'une tribune où le vrai peuple, le peuple qui travaille, qui produit ; qui combat pour la défense de l'état, qui bâtit même des bastilles pour se faire canonner au besoin, où ce peuple dis-je, n’est pas représenté ? Les bourgeois font des lois pour leurs pareils : les prolétaires sont hors-la-loi, puisqu'ils ne peuvent concourir à la faire. On les tient donc en servage, puisqu'on leur impose la loi toute faite, sans qu'ils aient le droit de réclamer. Et que voulez-vous que lui fassent les triomphes d’amour-propre de tel ou tel Tartempion bavard, puisqu'on ne parle jamais pour lui ! L'état ne subsiste que par lui, et il n'est pas dans l'état ! Sa condition et celle du cheval de carrosse ; sans lui, rien de marche, mais il faut qu'il supporte la pluie, la neige et les coups de fouet, pendant que le maître ce prélasse au fond de sa voiture ! Certes, les chevaux de carrosse sont de patientes et courageuses bêtes ; mais si ce n'était pas des bêtes, et si un jour las de tant souffrir, les chevaux pouvaient s'entendre pour voiturer leurs cochers et leurs bourgeois à la manière des wagons de Fampoux (1), qui pourrait leur prouver qu'ils ont tort ?

Mais, par bonheur, les chevaux sont bêtes ; et le peuple doit ressembler aux chevaux s'il tient à avoir des principes. C'est une belle chose que la morale ! Abonnez vous aux journaux bien pensants ! Lisez l'Epoque  (2) ! ! !

Est-ce qu’il y a au monde un ouvrier de bon sens qui n'ait pas à dégoût tous ces sales écrivassiers dont la plume crache le mensonge et macule à prix d'argent un papier, dont on ose à peine se servir ensuite pour des usages moins sordides ! Mais les journaux ne sont-ils pas les endormeurs à gage des bourgeois qui digèrent ? Y a-t-il un vrai journal du peuple ?...

Qu’est-ce au fond que tous les partis ? Des querelles de bourgeois qui se disputent à qui mangera seul la part du pauvre peuple…. La politique, c'est le tripotage des riches …

Il nous tarde d'en finir avec le passé et de commencer l'avenir."

Eliphas LEVI

"La voix de la famine" Ed. Balley, 1846


1) Fampoux, commune du Pas de Calais où, le 8 juillet 1846, peu de temps après l’inauguration de la ligne, un train dérailla provoquant la mort de 14 personnes ainsi que de nombreux blessés. « [...] la catastrophe de Fampoux est venue effrayer la France entière.

 

2) L'éphémère journal L'Époque (oct. 1845 - fév. 1847) fut fondé en 1845 sous le patronage de Guizot.

 

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 10:13

Dans la lecture du journal Marianne (n° 689, 3 juillet 2010, page 50), l'ami Jean-Pierre Berraud nous rapporte :

"Le chiffre 47 €

C'est le salaire quotidien des habitants de Marinaleda, bourgade andalouse qui vit suivant les principes du communisme libertaire. Toute la population active travaille dans une coopérative agricole où chacun reçoit le même salaire."

Solidaridad1907

 

Poussant plus loin nos investigations sur la toile, nous vous signalons cet  autre article publié dans le journal suisse GaucheBdo:


"Une petite ville vit l’utopie au quotidien

Marinaleda est une petite ville de la province de Séville. 2’670 habitants. Depuis 1979, elle est gouvernée par la Gauche unie (Izquierda unida). Deux points forts : réquisition des terres et zéro chômage. Une fois n’est pas coutume, c’est dans le New York Times que cette nouvelle est apparue… Juan Manuel Sanchez Gordillo est le Maire de cette petite ville andalouse de Marinaleda. Curieusement, depuis 1979, soit 7 scrutins populaires, une équipe municipale de la Gauche unie, essentiellement issue du courant libertaire CUT (Collectif Unité des travailleurs) travaille pour ses habitants dans une perspective des intérêts populaires. Oui, cela existe… Toutes les questions (impôts, logement, emploi, agriculture) sont soumises au référendum populaire d’une landsgemeinde locale.

Mais l’intérêt est aussi dans la question de l’emploi et du logement. La Mairie a confisqué 1’200 hectares en friche, il y a quelques dizaines d’années. Il a simplement appliqué le principe « la terre appartient à ceux qui l’exploitent ». Il en a profité pour créer une coopérative populaire de conserves d’artichauts, de poivrons et de légumes. Une coopérative qui ne distribue pas de bénéfices… mais crée des emplois. D’ailleurs, dans la ville, il n’y a aucun chômeur, car toute la politique municipale est d’appliquer le principe du droit au travail. Et c’est possible aussi parce que le salaire de chacun sur le territoire communal est limité d’un à deux ! Concernant le droit au logement, la Mairie aide à construire des maisons à 15 euros pour tous. Avec des architectes municipaux, avec des terrains gratuits mis en droit de superficie, et des matériaux pour l’auto-construction."



Enfin, nous vous proposons cet autre article sur le site belge L'info décodée. Alors l'ami Jean-Pierre et vous tous et toutes les partisans de la gestion directe, heureux ?

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 10:34

RicardoFloresMagon 

 

« Maudite machine ! »

peste désespéré l’ouvrier, suant à grosses gouttes, las et découragé. « Maudite machine, toi qui m’obliges à suivre ton rythme infernal, comme si, moi aussi, j’étais fait d’acier et entraîné par un moteur ! Je te hais, engin de malheur, car en faisant le travail de dix, vingt ou trente ouvriers, tu m’ôtes le pain de la bouche – et tu me condamnes, ainsi que ma femme et ses enfants, à crever de faim. »

La machine geint sous les coups du moteur, paraissant ainsi partager la fatigue de son compagnon de sang et de muscles. Toutes les pièces qui la composent sont en mouvement, ne s’arrêtant jamais. Certaines glissent, d’autres tressaillent. Celles-ci oscillent, celles-là pivotent, suintant de l’huile noirâtre, couinant, trépidant, fatiguant la vue de l’esclave de chair et d’os qui doit suivre attentivement tous leurs mouvements et résister à l’abrutissement qu’ils provoquent, pour ne pas se laisser prendre un doigt par un de ces rouages d’acier, ou perdre une main, un bras, voire la vie…

 « Machines infernales ! Vous devez toutes disparaître, suppôts de Satan ! Joli travail que vous faites ! En un jour, sans autre dépense que quelques seaux de charbon pour alimenter le moteur, et avec un seul ouvrier, vous abattez chacune davantage d’ouvrage que ne le fait un seul homme en un mois, de sorte qu’un travailleur, qui pourrait avoir du labeur pour trente jours, le voit réduit en un seul à cause de vous…Si nous crevons de faim, cela t’est indifférent ! Sans toi, vingt familles de prolétaires auraient leur pain quotidien assuré ».

 Les mille et une pièces de la machine sont en action. Elles tournent, glissent dans tous les sens, se rejoignent et s’écartent, suant d’infectes graisses, trépidant et couinant jusqu’à en avoir le vertige… La sombre machine n’offre pas un moment de répit. Elle respire bruyamment comme si elle était vivante. Elle semble épier la moindre seconde d’inattention de l’esclave humain pour lui mordre un doigt, lui arracher un bras, ou la vie…

 A travers un soupirail pénètre une pâle lueur carcérale et sinistre. Le soleil lui-même se refuse à éclairer cet antre de misère, d’angoisse et de fatigue, où se sacrifient de laborieuses existences au profit de vies stériles. Des bruits de pas viennent de l’extérieur – c’est le troupeau qui est en marche ! Des miasmes sont à l’affût dans chaque recoin de l’atelier. L’ouvrier tousse… tousse ! La machine geint… geint !

 « Cela fait sept heures que je suis à tes côtés et il m’en reste trois à tirer. J’ai le vertige, mais je dois résister. J’ai la tête lourde, mais gare au moindre mouvement d’inattention ! Je dois suivre tous tes mouvements si je ne veux pas que tes dents d’acier me mordent et que tes doigts de fer m’emprisonnent… Encore trois longues heures ! Mes oreilles bourdonnent, une soif terrible me dévore, j’ai de la fièvre, ma tête va éclater ».

 Des sons joyeux proviennent du dehors : ce sont des enfants qui passent, espiègles. Leurs rires, gracieux et innocents, effacent un instant la grisaille environnante, engendrant une sensation de fraîcheur semblable à celle que procure le chant d’un oiseau dans un moment d’abattement. L’émotion s’empare de l’ouvrier. Ses propres enfants gazouillent de même ! C’est ainsi qu’ils rient ! Et tout en regardant le mouvement des mécanismes, il sa met à gamberger. Son esprit rejoint le fruit de ses amours, qui l’attend chez lui. Il frissonne à l’idée qu’un jour ses gosses devront eux aussi venir crever pour une machine dans la pénombre d’un atelier où les microbes pullulent.

 « Maudite machine ! Je te hais ! »

 La machine se met à trépider avec plus de vigueur, elle a cessé de geindre. De tous ses tendons de fer, de toutes ses vertèbres d’acier, des dures dents de ses rouages, de ses centaines de pièces infatigables, sort un son rauque plein de colère qui, traduit en langage humain, signifie :

« Tais-toi, misérable ! Cesse de te plaindre, espèce de lâche ! Moi, je ne suis qu’une machine, entraînée par un moteur, mais toi, tu as un cerveau et tu ne te révoltes pas, malheureux ! Arrête de te lamenter sans cesse, imbécile ! C’est ta lâcheté qui est cause de ton malheur, pas moi. Empare-toi de moi, arrache-moi des griffes de ce vampire qui te suce le sang, et travaille pour toi et les tiens, crétin ! En elles-mêmes, les machines sont un bienfait. Nous épargnons des efforts à l’homme, mais vous autres travailleurs, êtes si stupides que vous nous laissez aux mains de vos bourreaux, alors que vous nous avez fabriquées ? Comment concevoir plus grande bêtise ? Tais-toi, ne dis plus un mot ! Si tu n’as pas le courage de rompre tes chaînes, alors cesse de te plaindre ! Allons, il est l’heure de sortir. Déguerpis et réfléchis ! »

Les paroles salutaires de la machine, associées à l’air frais de la rue, provoquèrent une prise de conscience chez l’ouvrier. Il sentit qu’un monde s’écroulait dans son esprit : celui des préjugés, des interdits, du respect de l’ordre établi, des lois et des traditions et, le poing levé, il s’écria :

"Je suis anarchiste ! Terre et Liberté !" »

Ricardo Flores MAGON

(12 février 1916)

 

Portrait de l'auteur

 

"Que chacun d’entre vous soit son propre chef pour que nul n’ait besoin de vous pousser à continuer la lutte. Ne nommez pas de dirigeants, prenez simplement possession de la terre et de tout ce qui existe, produisez sans maîtres ni autorité. La paix arrivera ainsi en étant le résultat naturel du bien-être et de la liberté de tous. Si, à l’inverse, troublés par la maudite éducation bourgeoise qui nous fait croire qu’il est impossible de vivre sans chef, vous permettez qu’un nouveau gouvernement vienne une fois encore se poser au-dessus de vos fortes épaules, la guerre continuera à exister et à vous faire prendre les armes : la misère et la tyrannie."

 

ricardo.flores.magonRicardo Flores MAGON est un révolutionnaire mexicain. Il naquit à San Antonio, au Mexique, le 16 septembre 1873.

En 1892, il prend part aux mouvements contre la septième réélection à la présidence du Mexique du général Porfirio DIAZ et publie le périodique d’opposition Le Démocrate. Il sera expulsé du pays en 1904.

Exilé aux USA, il fonde le parti libéral mexicain en juillet 1906. Dans la déclaration du nouveau parti, il y a des idées révolutionnaires pour l’époque : suppression de la réélection, abolition de la peine de mort pour les prisonniers politiques et de droit commun (abolition de la terrible loi Juarez du 25 janvier 1862 qui ne prévoyait que deux peines (8 ans de prison ou la mort), éducation élémentaire obligatoire jusqu’à l’âge de 14 ans, création d’un salaire minimum, expropriation des latifundia et des terres en jachère ainsi que la régulation des journées de travail.

Les vœux présents sur ce programme seront repris en partie plus tard par les hommes et les femmes qui prendront les armes en 1910 lassés de la longue période de pouvoir de DIAZ.

En janvier 1911, à Los Angelès, il planifie l’invasion de la Basse-Californie ayant pour but son indépendance et la création d’une république socialiste avec l’aide d’étrangers, ce qui déplut à des révolutionnaires tels que Venusyiano CARRANZA ou même MADERO qui étaient très nationaliste.

Il publiera avec Librado RIVERA un manifeste dirigé aux anarchistes du monde entier, manifeste qui motive leur emprisonnement et condamnation à vingt ans de prison pour sabotage à l’effort de guerre des Etats-Unis qui participent alors à la Première guerre mondiale.

Il meurt en prison le 21 novembre 1922. D’après son camarade RIVERA, il a été assassiné.

J.-P. B.

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Jean-Pierre BERRAUD - dans A comme ANARCHIE
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 14:27

Français, Françaises : encore un effort !

Après de longues années d'oubli, du moins de discrétion, l'autogestion reprendrait-elle force et vigueur ? Des militants du mouvement Alternative libertaire nous font le récit de cette forme de lutte au sein de l'usine Philips à Dreux (Eure-et-Loir).

A.jpg« Pendant dix jours, une usine menacée de fermeture a relancé les chaînes de montage sans patrons ni cadres, pour montrer la détermination du collectif ouvrier. Certains pensent déjà une reprise du site en coopérative. Une action limitée, mais qui ne demande qu'à être reproduite. Le 6 janvier, à l'usine Philips de Dreux, menacée de fermeture, l'assemblée générale des salarié-e-s (150 personnes), sur proposition d une section CGT lutte de classe [1], a voté le redémarrage des chaînes de montage « sous contrôle ouvrier ».

Que s'est-il passé ? Après avoir annoncé en octobre la délocalisation en Hongrie, la direction fournissait de moins en moins de travail aux salarié-e-s. Et depuis quelques jours, il n y avait même plus de pièces détachées, les chaînes de montage étaient à l'arrêt, les ouvriers les bras ballants, sans même être mis officiellement au chômage technique.

Après décision de relancer la production sous contrôle ouvrier, les techniciens ont donc simplement, comme si de rien n'était, passé les commandes de pièces détachées aux fournisseurs habituels, qui les ont livrées sans se poser de question. Le coup n'aurait pas été rééditable, mais plusieurs centaines de téléviseurs ont ainsi pu être assemblés, conditionnés et stockés dans un local. Petite vengeance : des tracts et appels à la solidarité ont été glissés dans les cartons, ce qui obligera en fait la direction à défaire tous les cartons et à reconditionner chaque téléviseur.

La démarche était donc surtout symbolique. La réquisition autogestionnaire d'une entreprise menacée de fermeture n'est envisageable que dans certains cas, notamment si les biens qu'elle produit se prêtent à la « vente militante ». Les montres Lip étaient ainsi, dans les années 1970, vendues dans toute la France sur des stands solidaires pour soutenir la lutte... mais personne n'imaginait qu'il serait possible d'en faire autant avec des téléviseurs.

Malgré son caractère limité, la « brève autogestion » de Philips-Dreux reste un événement. C'est une méthode à intégrer plus systématiquement à la palette des actions possibles, car elle porte en elle les germes anticapitalistes de la socialisation des moyens de production et de l'autogestion de demain, bien davantage que ne le fait le slogan d'« interdiction des licenciements ».

FO sabote

L'opération a duré ce qu'elle pouvait durer : le 12 janvier, la direction a fait venir des huissiers et des vigiles pour reprendre le contrôle de la production. Le 15 janvier, l'AG des grévistes décidait la suspension du contrôle ouvrier. Entre-temps, le secrétaire de l'Union locale FO un trotsko-républicain du POI avait commencé à dénigrer la CGT et les « gauchistes » qui entraînaient les travailleurs dans l'illégalité, l'aventurisme, etc. Cette trahison n a pas peu compté dans la décision de l'AG de suspendre la production autogérée le 15 janvier.

Rien n est perdu cependant. « L'Inspection du travail mène l'enquête, explique Manuel Georget, de la CGT, eet Philips n a aucun élément sérieux qui justifierait une fermeture ». Le bref contrôle ouvrier, lui, a permis de donner confiance aux salarié-e-s. La reprise en main de l'entreprise soit nationalisée sous contrôle ouvrier, soit sous forme de Scop [2] est à présent considérée comme une option possible. Nous n'aurions qu'à reprendre le nom qui était le nôtre, Radiola, avant que Philips ne nous rachète. Que l'Etat nous donne les subventions qu'il a octroyées au patronat, et nous, nous garantissons le maintien de l'emploi ! »

[1] Opposée ? l'union locale CGT de Dreux, le syndicat CGT Philips est cependant toujours affilié à la fédération de la Métallurgie. Son secrétaire, Manu Georget, est par ailleurs adhérent au NPA.

[2] Société coopérative de production : entreprise où les travailleurs sont associés et d?tiennent le capital.

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Alternative libertaire - dans A comme ANARCHIE
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