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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 14:57

Je me sens obligé de partager le plaisir que j'ai éprouvé en lisant cet ouvrage découvert par hasard.

Ce passage particulier est un vrai régal pour qui sait apprécier. Il est bien entendu qu'il ne faut faire aucun rapprochement avec notre actualité française !


Levi.jpgL'auteur, Eliphas LEVI (vrai nom : Alphonse-Louis CONSTANT), est né le 8 février 1810 à Paris où il mourut le 31 mai 1875. Il écrivit et publia (surtout) "La voix de la famine" en 1846. Il fut d'abord ecclésiastique puis franc-maçon dont il démissionna, leur reprochant leur anti-christianisme (!) avant de devenir... une figure de l'occultisme !.. Sûrement un personnage "intéressant" ?

Bonne lecture (son ouvrage est lisible sur internet).

R.L.C.


 

 

"Jusqu'à présent les intrigants se sont servis du peuple sous le prétexte de le servir. On a fait faire des révolutions par lui est jamais pour lui. Deux fois le peuple a pris les Tuileries, et deux fois les bourgeois y sont entrés et ont mis les blouses à la porte ; nous ne voulons pas de mystification pareille : que nous importe à nous l'opposition parlementaire, quand tous les partis font de l'opposition au peuple ? Il y a des bourgeois repus qui méprisent franchement le prolétaire, et des bourgeois avides qui le flattent pour arriver par lui et le mépriser ensuite. Lesquels sont préférables ? Les uns et les autres sont des lâches ; les derniers sont des hypocrites et des menteurs.

À qui a profité la révolution de 89 ? à la bourgeoisie. -- et le peuple ? on lui a laissé les taches de sang ! -- et l'on vient encore nous parler de la République ! Des Robespierre au petit pied, les employés sans place, les avocats sans cause, des parleurs sans raison veulent recommencer le gâchis de 93, pour pêcher en eaux troubles et jouer ensuite au petit caporal ; Merci ! Nous sortons d'en prendre ! Tant qu’on ne parlera pas de reconstituer la propriété d'une manière plus équitable n'écoutons pas les phraseurs qui déblatèrent contre le pouvoir parce qu'ils ne sont pas au pouvoir.

 Nous savons que ces gens-là, une fois parvenus, sont des tyrans de la pire espèce, parce qu'ils sont en garde contre toutes les attaques employées par eux-mêmes contre leurs prédécesseurs, et qu'ils n'ont paru servir dans le camp de la liberté que pour en devenir les transfuges.

Certes, il s'agit bien de savoir si l'ambition de M. Thiers ou de M. Odilon-Barrot est rassasiée lorsque les multitudes ont faim ? Dites-moi un peu, compagnons charpentiers en chômage, cordonniers et tailleurs, forgerons et maçons, prolétaires de tous les états, pauvres de tous âges, affamés de toute les professions, lequel aimez- vous mieux de M. Thiers ou de M. Guizot ?.. Je vous entends, vous n'avez qu'une voix pour répondre : nous aimons mieux du pain !

Et que nous font à nous les débats d'une tribune où le vrai peuple, le peuple qui travaille, qui produit ; qui combat pour la défense de l'état, qui bâtit même des bastilles pour se faire canonner au besoin, où ce peuple dis-je, n’est pas représenté ? Les bourgeois font des lois pour leurs pareils : les prolétaires sont hors-la-loi, puisqu'ils ne peuvent concourir à la faire. On les tient donc en servage, puisqu'on leur impose la loi toute faite, sans qu'ils aient le droit de réclamer. Et que voulez-vous que lui fassent les triomphes d’amour-propre de tel ou tel Tartempion bavard, puisqu'on ne parle jamais pour lui ! L'état ne subsiste que par lui, et il n'est pas dans l'état ! Sa condition et celle du cheval de carrosse ; sans lui, rien de marche, mais il faut qu'il supporte la pluie, la neige et les coups de fouet, pendant que le maître ce prélasse au fond de sa voiture ! Certes, les chevaux de carrosse sont de patientes et courageuses bêtes ; mais si ce n'était pas des bêtes, et si un jour las de tant souffrir, les chevaux pouvaient s'entendre pour voiturer leurs cochers et leurs bourgeois à la manière des wagons de Fampoux (1), qui pourrait leur prouver qu'ils ont tort ?

Mais, par bonheur, les chevaux sont bêtes ; et le peuple doit ressembler aux chevaux s'il tient à avoir des principes. C'est une belle chose que la morale ! Abonnez vous aux journaux bien pensants ! Lisez l'Epoque  (2) ! ! !

Est-ce qu’il y a au monde un ouvrier de bon sens qui n'ait pas à dégoût tous ces sales écrivassiers dont la plume crache le mensonge et macule à prix d'argent un papier, dont on ose à peine se servir ensuite pour des usages moins sordides ! Mais les journaux ne sont-ils pas les endormeurs à gage des bourgeois qui digèrent ? Y a-t-il un vrai journal du peuple ?...

Qu’est-ce au fond que tous les partis ? Des querelles de bourgeois qui se disputent à qui mangera seul la part du pauvre peuple…. La politique, c'est le tripotage des riches …

Il nous tarde d'en finir avec le passé et de commencer l'avenir."

Eliphas LEVI

"La voix de la famine" Ed. Balley, 1846


1) Fampoux, commune du Pas de Calais où, le 8 juillet 1846, peu de temps après l’inauguration de la ligne, un train dérailla provoquant la mort de 14 personnes ainsi que de nombreux blessés. « [...] la catastrophe de Fampoux est venue effrayer la France entière.

 

2) L'éphémère journal L'Époque (oct. 1845 - fév. 1847) fut fondé en 1845 sous le patronage de Guizot.

 

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