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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 07:14

 

6-aout-Hiroshima.jpgUn 6 juin 1945 oublié... pourtant,

il reste gravé à jamais dans la mémoire

de nombreuses générations.

 

A 8 h 16, en quelques secondes, à la douceur d'un petit matin d'été et à la tranquillité apparente d'une ville qui s'éveille fait place une vision cauchemardesque. Au-dessus de l'hôpital, la première bombe atomique explose. Toute une population se trouve ainsi piégée et pétrifiée instantanément par l'assaut de milliers de becquerel libérés. Comment la folie humaine peut-elle en arriver à un tel paroxysme ? Face à la barbarie fasciste, fallait-il aller aussi loin ?

 

Jamais un tel acte guerrier ne fut aussi catastrophique et irrémédiable. Très clairement, trente ans après le premier conflit mondial, tout bascule : la guerre venait de changer de terrain de jeu. Passe encore qu'elle se déroule entre soldats aguerris... Cette fois-ci, les protagonistes font intervenir un nouvel acteur : une population civile désormais prise en otage. Depuis lors, je me demande bien comment des gouvernements et des ministres de l'intérieur ou de la guerre peuvent dénoncer, sans gêne aucune, des pratiques de prise d'otage !

 

L'effet procuré par Little Boy va bien au-delà de l'impact meurtrier engendré. Il est certes commode d'établir une réponse après coup. Laissons à Albert Camus le soin de nous proposer la sienne. Dans son éditorial du journal Combat, en date du 8 août 1945 (ci-dessous), il indique qu'il s'agit du "dernier degré de sauvagerie". En même temps, il pose une réflexion pertinente : "Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche,entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques". Soixante-cinq ans après la triste application de cette nouvelle énergie, il n'existe toujours pas de réponse à ce questionnement. Pour cause : l'armement nucléaire s'est multiplié en nombre et en puissance !

 

Attention : secret défense ! Impossible de nous échapper de cette logique et impossible de connaître les processus de fonctionnement et de décision : leur maîtrise échappe au plus grand nombre. C'est toujours au nom de l'équilibre de la terreur, de la dissuasion, du danger de l'autre que les Etats maintiennent par la pression, sinon l'oppression de l'homme, les structures armées. Toute la "communication" officielle vise à maintenir cet ordre des choses et rend impossible toute évasion de ce maquis où s'entremêlent manipulations et désinformations. Demain, il peut encore arriver n'importe quoi car d'autres Little Boy restent suspendus au-dessus de nos têtes ou sont prêts à surgir des océans !

 

Le 6 août 1945 témoigne d'un monde qui nous a montré, sans fard, la réalité de son vrai visage : celui de la haine et de l'indifférence généralisée. Comment ne pas approuver Jean Rostand, un savant doublé d'un humaniste, lorsqu'il affirme : "Ne peut-on donner aux hommes de quoi vivre sans leur donner, du même coup, l'envie de s'entre-tuer ?" (Pensées d'un biologiste). Comme lui, nous avons sans doute gardé ce côté professeur Tournesol. Mais, dans le contexte d'une société où l'homme reste un loup pour l'autre, il semble bien difficile d'espérer un revirement significatif. Cette volonté de dominance permanente aboutit inéluctablement à la guerre, quel qu'en soient les formes !

 

PS. Signalons l'appel du Mouvement de la Paix sur e blog de notre amie Caroleone.

 

 

 

Editorial d'Albert Camus


6-aout-Hiroshima2.jpg"Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.

Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable.

Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

Au reste, il est d'autres raisons d'accueillir avec réserve le roman d'anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l'Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu'il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison."

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commentaires

Tourtaux 07/08/2010 09:17


Félicitations pour ce magnifique blog que je viens de découvrir sur celui de cocomagnanville.
Je vais publier sur mon blog votre excellent article
SOTTISE ET INUTILITE DES PARTIS


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