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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 15:12

 

 

Le président de la République est intervenu pour présenter sa nouvelle équipe ministérielle. L'important du fait se situe en direction du marigot médiatique !

 Les républiques - nous en sommes à la cinquième – nous, on s'en fout !

C'est tout dire...


L'ami, le camarade, le frère Pierre-Joseph Proudhon a fixé les limites de notre condition citoyenne.  Dès les premières lignes du premier chapitre de son ouvrage "culte", écrit en 1840 (nous sommes en 2010, Ok !), "Qu'est-ce que la propriété", il écrit : "Si j'avais à répondre à la question suivante : Qu'est-ce que l'esclavage ? Et que d'un seul mot je répondisse : C'est l'assassinat, ma pensée serait d'abord comprise. Je n'aurais pas besoin d'un long discours pour montrer que le pouvoir d'ôter à l'homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c'est l'assassiner".*


 C'est curieux, nous sommes en plein dans cette logique proudhonienne. Certains présidents, habiles personnages, ont su mettre des formes pour enrober l'assassinat en un décès bien propre. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'arrogance possède pignon sur rue. Le pouvoir nous assène le refrain bien connu du faites-nous confiance ...pour mieux subir.

 

Hourra ! espérons qu'arrivés à pleine saturation dans l'acceptation de leur condition, les esclaves - dont nous faisons partie aussi - auront le sursaut d'énergie nécessaire afin de mettre un terme définitif à leur condition. Pour l'instant, ils portent leur joug et restent encore à vendre à qui mieux mieux, à l'image de cette sinistre affiche du 28 octobre 1859, annonçant la vente de noirs dans l'Etat américain de Caroline du Nord :

 

Affiche-Noir-a-vendre.jpg

 

« NÈGRES À VENDRE. Je vends aux enchères publiques, à la prochaine adju­dication, le mardi 29 novembre, huit serviteurs de valeur, comprenant : un nègre de sexe masculin, un ouvrier agricole de première qualité, un boy n° 1, âgé de 17 ans, un fidèle domestique, un excellent cuisinier, une femme de ménage, et une couturière. Crédit sur 12 ans. Vendus non pour faute, mais en raison de mon installation dans le Nord. En sus : bon nombre d'articles ménagers et de meubles de cuisine, d'écurie, etc. Conditions accommodantes, communiquées le jour de la vente.

Jacob August Jr

P.J. Turnbull, commissaire-priseur

Warrenton, 28 octobre 1859 »

 

A force de délégation, de laisser-faire et d'acceptation permanente, synonyme de désintérêt programmé, l'esclave moderne porte sur lui cette pancarte à vendre.


Quand cesserons-nous de supporter l'ignominie de la servitude, ce "plafond de verre" que le système a cru bon de transformer en une fenêtre ouvrante sur le ciel ? Le problème reste le toit, sa hauteur, bref rien qui ne nous permette véritablement de définir la nature et la structure du lieu dans lequel nous entendons vivre ensemble !  Mais vivre ensemble, est-ce un concept nécessaire dans un système qui favorise le chacun pour soi ?


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commentaires

Pierre Vidal 23/11/2010 12:00


A nouveau, Haïti est frappé par une catastrophe le choléra. Les médias nous
informent. Chacun connaît donc bien l’existence de ce pays et peut le situer sur
une carte au point de contact de l’ancien et du nouveau monde, le premier point
de chute de Christophe Colomb au Môle Saint-Nicolas en 1492.
Ce sujet ne peut que vous intéresser, aussi je me permets de vous faire part de
ce que nous apprend Monsieur Laënnec Hurbon, directeur de recherche au CNRS à
l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris et à l’Université
Quisqueya de Port-au-Prince à ce propos :
Extraits
Laënnec Hurbon
Pour une sociologie d’Haïti au XXI ° siècle. La démocratie introuvable
ed Karthala

I.
Culte officiel depuis la période esclavagiste, le catholicisme fonctionne en Haïti sur la base d’un régime concordataire établi depuis 1860.

Il dispose aujourd’hui à travers le pays d’un réseau d’activités et de communications dont l’impact sur la population est nettement aussi important, sinon davantage, que celui de l’Etat.
En 1971, l’Eglise disposait de 229 écoles primaires, de 30 écoles secondaires et de 120 écoles presbytérales, ainsi que de 18 hôpitaux et de 106 dispensaires. En 1985, 438 prêtres desservent 200
paroisses et 1300 chapelles rurales réparties sur 9 diocèses correspondant aux 9 départements du pays. Quant aux religieux et religieuses, ils sont, en 1988, au nombre de 1475, de 33 congrégations
différentes, toutes s’occupant d’éducation, de santé ou de projets de développement à travers les villes et les campagnes. Constitués depuis la fin des années 1970 en conférence haïtienne des
religieux, ils forment un groupe qui tente de donner une orientation collective à son action.

Jusqu’à la veille du concile de Vatican II, l’Eglise semblait orienter sa pastorale particulièrement vers la lutte contre les pratiques et les croyances du vodou, qu’elle tenait pour un amas de
superstitions maintenant Haïti dans un stade de primitivité et de barbarie. Elle devait mener plusieurs grandes campagnes pour l’éradication de ce culte qui, depuis l’esclavage, était pourtant
parvenu à se développer en se liant intimement à la liturgie catholique. Baptêmes, cultes des saints, culte des morts, pèlerinages sont encore des pratiques dans lesquelles le vodouisant ne se
laisse pas facilement distinguer du catholique.

La même division culturelle attestée dans l’opposition entre le catholicisme, tenu pour un culte ouvrant l’accès à la condition de « civilisé », et le vodou de retrouve au niveau des deux
langues en usage en Haïti, le français parlé par 5% à 15% de la population et le créole, parlé par tous, mais dévalorisé comme langue des analphabètes dont le plus grand nombre se situe dans le
monde rural.

L’Eglise s’adaptait aux rapports sociaux, tout en recevant de l’Etat la responsabilité de l’éducation nationale. Les critiques adressées à l’Eglise provenaient principalement de la
franc-maçonnerie, institution puissante qui, depuis la fin du XIX° siècle, cherchait à obtenir de l’Etat une diminution des privilèges accordés à l’Eglise à travers le concordat. Haut lieu de
combat pour la tolérance et la laïcité, la franc-maçonnerie est restée, jusqu’à présent pour bien des membres du clergé, un ennemi principal à l’égal du vodou et du protestantisme.

Sans être intéressée à la politique comme telle et au changement social, l’Eglise soutenait généralement les gouvernements qui la maintenaient à la place privilégiée de seul culte officiel de
l’Etat.

Le protestantisme, qui connaît une progression spectaculaire depuis l’occupation américaine (1915-1934), a commencé à couvrir tout l’espace haïtien entre 1960 et 1990 et à pénétrer dans les zones
rurales dans lesquelles il dispute à l’Eglise son hégémonie. En 1983, on dénombrait environ 300 dénominations religieuses, dont la plupart possèdent des écoles primaires et secondaires, des écoles
professionnelles, des hôpitaux, des dispensaires, des centres d’orphelinat, des services de développement et des programmes propres de radio.

L’une des caractéristiques du protestantisme haïtien, c’est son lien très étroit avec les Etats-Unis d’où proviennent ses fonds et ses moyens logistiques pour la formation des pasteurs et la
construction des temples.

En dépit d’une Fédération protestante et du Concile national des Eglises évangéliques, certaines confessions fonctionnent de manière autonome et apparaissent même comme des minis Etats avec leurs
ressources propres et leur propre projet de développement dans les quartiers suburbains des villes où elles s’implantent.

Plus virulentes que l’Eglise catholique dans la lutte contre le vodou, elles obtiennent un succès grandissant dans les couches sociales des bidonvilles, en quête de mobilité sociale et disposées à
réinterpréter le vodou comme source principale de leurs « malheurs ».

Maintenu depuis toujours dans les périphéries des villes et dans les campagnes, le vodou, en dépit des persécutions diverses qu’il a subies, demeure un culte populaire. Il est un système de
croyances et de pratiques réglant les mentalités et les croyances davantage que le catholicisme et le protestantisme. Il ne dispose pas de moyens financiers et d’appuis extérieurs, en sorte que son
développement est atrophié et, en tout cas, limité. Depuis l’indépendance du pays (1804), on n’observe aucune tentative d’unification de ce groupe religieux. Il fonctionne par confréries et centres
culturels autonomes soumises de manière rigoureuse à des prêtres vodou (appelés oungan) qui, en règle générale, sont propriétaires de leurs temples (ou ounfo). Pour le pratiquant ordinaire, le
vodou demeure un culte familial, à travers lequel il honore des « Esprits » ou lwa qu’il hérite de ses parents ou grands-parents.
Les conditions dans lesquelles le vodou a évolué l’ont rendu vulnérable à la manipulation politique (notamment celle de la dictature des Duvalier pères et fils). Page 206.
[…] En 1983, le pape, alors en visite à Port-au Prince, lance le slogan : »Il faut que quelque chose change ici », qui sera interprété par prêtres, religieux et laïcs comme un
encouragement à poursuivre la lutte contre la dictature.

Sous le vocable de déchoukaj ou de déracinement, se développent des mouvements populaires à travers les viles et les campagnes en vue de réduire les macoutes à l’impuissance et de forcer le
dictateur à prendre la fuite. Deux hommes apparaissent en 1985 aux premiers rangs de la lutte Mgr Romulus, évêque de Jérémie, et le père Aristide, religieux salésien de l’église Saint-Jean Bosco,
située dans un quartier populaire de la capitale. Ils parviennent tous deux à élaborer un langage en prise directe sur les couches populaires et sur les jeunes des quartiers pauvres.

Malgré une répression chaque jour plus meurtrière, la dictature finit par s’effondrer le 7 février 1986 devant une mobilisation populaire si radicale.

Un tel changement dans les attitudes de l’Eglise par rapport au pouvoir politique n’est pas surprenant quand on replace Haïti dans le cadre de l’Amérique centrale et de l’Amérique latine. […].

Mais c’est la théologie de la libération qui viendra donner un fondement à ces nouvelles pratiques. Elle va inspirer la création de ce que l’on appelle les communautés de base, et qu’en Haïti on
traduira en langue créole par ti-légliz.

[…] Avec l’apparition des ti-légliz et leur mot d’ordre « nous sommes l’Eglise », l’autorité des évêques n’allait plus de soi et était largement fissurée. [page 212]

La religiosité, diffuse dans les masses, ne donne pas à voir en Haïti un attachement à tel ou tel culte particulier (il arrive que, dans les milieux populaires, un individu passe facilement du
catholicisme au vodou ou du protestantisme au catholicisme) ; elle semble avoir donné un langage adéquat aux masses à un moment où elles expriment leur désir de changement radical.

Autrement dit, l’effondrement de la dictature ouvre un contexte révolutionnaire où la demande de droit et de démocratie n’a point encore de support dans les structures et institutions de la société
et apparaît au sens strict exorbitant, au point de se sentir à son aise dans le langage religieux.

Cependant, là aussi réside un danger, celui d’une confusion entre le religieux et le politique, revers de l’enthousiasme caractéristique de ce que Ernst Bloch appelait les « courants
chauds » de la lutte politique. [page 213]

En 1988, le processus de transition démocratique est rigoureusement bloqué par les militaires, de plusieurs manières. Ils utilisent les macoutes comme escadrons de la mort, dénommés zenglendo, pour
exercer la terreur dans les milieux populaires et réprimer les partisans du mouvement démocratique. Ils tentent ensuite d’empêcher toute élection qui serait organisée par un Conseil électoral
indépendant, et surtout de rendre impossible l’application de la Constitution votée le 29 mars 1987, qui interdit à l’armée de sortir de sa neutralité politique.[…]

C’est au cœur de cette impasse politique que la Conférence épiscopale choisit d’adopter une attitude plus prudente, sinon plus réservée par rapport aux couches populaires dont les revendications se
font chaque jour plus radicales, d’autant qu’elles sont devenues la cible de la répressio


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