Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 10:28

 

En marge des grands bouleversements qui secouent les pays de l'autre rive méditerranéenne, nous avons le plaisir de publier cette analyse intéressante du journal en ligne Le Libertaire.

Certes, ce problème berbère ne représente qu'un épiphénomène. Néanmoins, il reste révélateur de l'état général de nos sociétés engluées dans leur passé et qui maintiennent des rapports de force sur lequel le temps ne semble avoir aucune prise.

Après la publication de "A bas la Dordogne !", continuons cette nouvelle série par "A bas les frontières !"

 

 

"Dans la “révolution arabe” en Afrique du Nord

ne pas oublier les Berbères

 

Dans les événements qui se produisent du Levant au Couchant de l'Afrique du Nord, il est de grands oubliés qui risquent de faire les frais de la situation actuelle. Les Berbères ou Amazighs sont géographiquement dispersés d'Est en Ouest de l'oasis de Siwa en Egypte où ils sont quelques milliers, aux Canaries où on trouve les Guanches ; où, bien qu'assimilés une partie de la population garde le souvenir de ses origines. Et du Nord au Sud, du Rif au Burkina-Faso. Majoritaire dans aucun pays tout en représentant une fraction notable de leurs populations, ils sont le plus souvent confrontés à une politique d'assimilation qui revêt suivant le régime de l'Etat une forme plus ou moins violente.

 

berberes Carto491

 

La Tunisie où Bourguiba, grand admirateur de la Révolution française, a établi un régime laïque, a aussi, jacobinisme oblige, quasiment éradiqué le tamazight non pas en le combattant mais en l'ignorant. Ainsi la langue berbère a disparu des monts de Kroumirie et n'est plus guère pratiquée que dans le Sud.

 

En Algérie un long bras de fer avec le pouvoir a obtenu une reconnaissance comme langue nationale mais il reste à vaincre une opposition qui se confond singulièrement avec un islamisme agressif. La population berbère est estimée à 30% mais si l'on tient compte que l'arabe parlé et truffé de mots d'origine berbère, le fond de la population tamazight doit être plus important.

 

Au Maroc où les populations linguistiques semblent être à 60/40 on constate quelques avancées vers la reconnaissance de la langue.

 

En Maurétanie la situation est plus complexe, le parler et l'existence berbère est tout simplement nié ! Alors que les Ouolof et Soninké sont reconnus comme langue nationale, le berbère n'est même pas mentionné ! Il est vrai que la brutale sédentarisation des nomades depuis les années 1970/1990 la destruction de liens traditionnels a été pour beaucoup dans l'affaiblissement de la langue parlée. Néanmoins la volonté affichée est l'éradication au profit de l'arabe langue officielle de la république islamiste de Mauritanie.

 

Au Mali et au Niger c'est l'histoire qui pose problème. Les Touaregs qui sont 300.000 au Mali et 500.000 au Niger sont fréquemment perçus par les populations noires comme les descendants de ceux qui en d'autres temps les rançonnaient et dont les rezzous alimentaient la traite vers Tripoli et Bengazi. Après de violents combats entre guérilla touareg et les armées des deux pays depuis deux ans, un dialogue s'est engagé .La reconnaissance du tamazight comme langue nationale et divers aménagements économiques (entre autres sur la rente de l'uranium des mines d'Arlit) annonce peut-être un avenir moins chaotique.

 

Reste la Libye où les événements actuels n'annonce pas des lendemains qui chantent. Les 20% de Berbères de Libye niés jusque dans leur existence par un dictateur pour qui ils sont une tribu arabe yemenite (les ber-ber !) affirmation sortie tout droit de la cervelle de Kadafi n'ont pas le droit de donner des prénoms berbères à leur enfant ni d'utiliser leur langue dans les lieux publics. Entre ce taré et la prise de pouvoir qui se dessine par la confrérie fondamentaliste sénousite l'avenir paraît bien incertain.

 

Suivant les régions tamazight la langue comme toutes langues a subi des influences extérieures de la colonisation arabe en passant par les influences française, italiennes, espagnole ou plus anciennes langues latine, phénicienne. Ces influences, sans altérer le fond commun de la langue ont amené de fortes différenciations. Ajoutez à cela les écritures différentes : tifinag pour les Touaregs, la plus ancienne, elle remontrait à 2500 ans, latine pour la Kabylie, avec de caractères supplémentaires pour rendre certains sons propre à cette langue. Enfin au Maroc, on semble s'orienter vers une écriture mélangeant caractères anciens au grec.

 

Quelque soit les situations locales, l'avenir passe par le fédéralisme. Dans aucun pays le berbère n'est majoritaire et il faudra bien composer avec des Etats aux frontières artificielles nées du colonialisme mais qui en aucun cas ne peuvent bouger sans risque d'implosion. Les Tamazight doivent donc " faire avec ". Souhaitons leur d'avoir assez de flaire politique pour, en fonction de situations diverses et mouvantes, trouver les moyens de leurs ambitions. Et de se souvenir que la reconnaissance de l'autre est aussi primordiale que l'affirmation de soi. "

LIBERTAD

Partager cet article

Repost 0

commentaires

  • : A Rebrousse-poil
  • A Rebrousse-poil
  • : Analyse de l'actualité politique, philosophique et artistique.
  • Contact