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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 08:02

 

Le vent de révolte qui s'est levé dans les pays de l'Afrique du Nord nous rappelle que la rebellion reste l'apanage des peuples.

Ces événements sont bien différents de ceux qui, il y a quatre-vingt dix ans, jour pour jour, débutèrent la révolte des marins de Cronstadt. Ces derniers s'insurgèrent contre la puissance du pouvoir des commissaires bolcheviques, incapables de faire face au très grave problème de subsistances qui règnait dans le pays. L'insurrection dans ce port dr l'île de Kotline ne durera qu'une vingtaine de jours.

L'anarchiste Voline, co-fondateur du premier Soviet russe (Saint-Pétersbourg), a écrit une longue narration de ces évenements dans un livre, malheureusement pas assez diffusé, La révolution inconnue (1917-1921).

28-fevrier-Kronstadt.jpgLe programme des mutins a été établi le 26 février 1921, soit deux jours avant le début de l'insurrection. Voici les quinze points de la résolution formulée par les équipages de deux navires le Petropavlovsk et le Sevastopol :

I. Organiser immédiatement des réélections aux soviets avec vote secret et en ayant soin d'organiser une libre propagande électorale pour tous les ouvriers et paysans, vu que les soviets actuels n'expriment pas la volonté des ouvriers et des paysans ;
II. Accorder la liberté de la parole et de la presse pour les ouvriers et les paysans, pour les anarchistes et les partis socialistes de gauche (1) ;
III. Donner la liberté de réunion et la liberté d'association aux organisations syndicales et paysannes ;
IV. Organiser, pour le 10 mars 1921 au plus tard, une conférence sans-parti des ouvriers, soldats rouges et matelots de Pétrograd, de Cronstadt et du district de Pétrograd ;
V. Libérer tous les prisonniers politiques appartenant aux partis socialistes, ainsi que tous les ouvriers et paysans, soldats rouges et marins emprisonnés pour des faits en rapport avec des mouvements ouvriers et paysans ;
VI. Élire une commission pour la révision des cas de ceux qui sont détenus dans les prisons ou les camps de concentration ;
VII. Supprimer tous les «politotdiel» (2), car aucun parti ne peut avoir de privilèges pour la propagande de ses idées ni recevoir de l'État des ressources dans ce but. A leur place, il doit être créé des commissions culturelles élues, auxquelles les ressources doivent être fournies par l'État ;
VIII. Supprimer immédiatement tous les «zagraditelnyé otriady» (3) ;
IX. Fournir, à tous les travailleurs une ration égale, à l'exception de ceux des métiers insalubres qui pourront avoir une ration supérieure ;
X. Supprimer les détachements de combat communistes dans toutes les unités militaires, et faire disparaître dans les usines et fabriques le service de garde effectué par les communistes. Si on a besoin de détachements de combat, les désigner par compagnie dans chaque unité militaire ; dans les usines et fabriques les services de garde doivent être établis conformément à l'avis des ouvriers ;
XI. Donner aux paysans le droit de travailler leurs terres comme ils le désirent, ainsi que celui d'avoir du bétail, mais tout cela par leur propre travail, sans aucun emploi de travail salarié ;
XII. Demander à toutes les unités militaires ainsi qu'aux camarades «koursanty» (4) de s'associer à cette résolution ;
XIII. Exiger qu'on donne dans la presse une large publicité à toutes les résolutions ;
XIV. Désigner un bureau mobile de contrôle ;
XV. Autoriser la production artisanale libre, sans emploi de travail salarié
(1) : Socialistes révolutionnaire de gauche.
(2) : Sections politiques du parti communiste existant dans la plupart des institutions d'État.
(3) : détachements policiers créés officiellement pour lutter contre l'agiotage, mais qui en fin de compte confisquaient tout ce que la population affamée, les ouvriers compris, amenait des campagnes pour la consommation personnelle.
(4) : Élèves-officiers.

Ce n'est pas du collectivisme libertaire mais cela s'en rapproche ! En guise de conclusion, relevons ces trois échos transmis par cette population en lutte. A mon avis, ils valent mieux que de longs discours :

28-fevrier-Cronstadt.jpg- dans Izvestia n°3 du comité révolutionnaire provisoire des matelots et ouvriers de Cronstadt, le 5 mars : "Voilà trois jours que Cronstadt s'est débarrassée du pouvoir cauchemardesque des communistes, de même qu'elle s'était débarrassée il y a quatre ans du pouvoir du tsar (...) Voilà trois jours que les citoyens de Cronstadt respirent, libres, délivrés de la dictature du parti."
- Radiotélégramme Au Prolétariat de tous les pays, communiqué du Comité Révolutionnaire Provisoire, le 10 mars : "Il y a trois jours, les communistes ont ouvert le feu, les premiers, et les premiers ont fait couler un sang fraternel. Comme nous luttons pour une juste cause, nous avons relevé le défi. La garnison et la population laborieuse de Cronstadt, qui ont secoué le joug infâme des communistes, ont décidé de lutter jusqu'au bout."
 - dans Izvestia n°14 du comité révolutionnaire provisoire, le 16 mars : "Fière et consciente de sa puissance, armée du ferme désir de restaurer la liberté bafouée, Cronstadt a secoué le joug communiste, refusant de payer son tribut de vies, de bonheur et de bien-être à une poignée d'aliénés mentaux".

 

Deux jours plus tard, patatras ! Après une seconde tentative, la ville tombe définitivement aux mains de l'Armée rouge commandée par Trotsky. Inutile de vous narrer les terribles répressions et les purges qui s'ensuivirent...

Il faudra tout de même attendre soixante-dix ans pour, qu'après ce soulèvement, le régime de l'Union soviétique disparaisse, conséquence de la démission de Gorbatchev, un certain 25 décembre 1991. Depuis, rien n'a vraiment changé : l'expérience de Cronstadt est à refaire !

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