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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 06:47

Entre un 26 juin 1848 et un 24 juin 2010 :


TOUT  RESTE À FAIRE !

 

26 juin février 1848Il y a deux jours, des centaines de milliers de concitoyens (800.000 selon la police, 2 millions selon les syndicats) battaient le pavé de nombreuses villes du pays pour s'opposer aux mesures gouvernementales sur les retraites. Cette réaction, parfaitement légitime, concrétise l'importance du mécontentement populaire contre ces mesures servant très naturellement les objectifs du capitalisme.


Aussi fort que fut ce mécontentement, que représente-t-il au regard de cette terrible journée parisienne du 26 juin 1848 quand, dès 10 heures du matin, l'armée investit le dernier îlot de résistance du Faubourg Saint-Antoine ? Ce 26 juin, la révolution du 23 février* sombre dans une effroyable répression. Des milliers d'insurgés sont abattus sans jugement, 11.000 autres sont arrêtés et, dans l'attente de leur jugement, anormalement entassés... Une fois de plus c'est un militaire, le général Cavaignac, qui s'empare du pouvoir et qui se trouve mandaté par la bourgeoisie pour démanteler les acquis de cette trop brève révolution.


Avec le recul dont nous disposons, tout prouve - s'il en est besoin – que l'utopie se trouve dans cette espérance en la politique et donc en les politiciens pour changer en profondeur la société. Dans ses Carnets Proudhon ne se fait aucune illusion là-dessus : "Ce qui est vrai hier, est vrai aujourd'hui : la réforme politique n'est pas le moyen de la réforme sociale". Le tout aussi grand Alexis de Tocqueville, son contemporain et néanmoins un adversaire déclaré des révoltés de 1848, écrit : "Il y a eu des révolutionnaires plus méchants que ceux de 1848, mais je ne pense pas qu'il y en ait eu de plus sots ; ils ne surent ni se servir du suffrage universel, ni s'en passer. S'ils avaient hardiment saisi la dictature, ils auraient pu la tenir quelques temps dans leurs mains. Mais ils s'imaginèrent niaisement qu'il suffisait d'appeler la foule à la vie politique pour l'attacher à leur cause et que, pour faire aimer la République, c'était assez de donner des droits sans procurer des profits". La messe est dite. Malheureusement à chaque fois elle se répète et, à chaque fois, le piège politique se referme sur un peuple-enfant.


Alors, en ce jour du très macabre anniversaire de cette défaite populaire : gémissons, gémissons, gémissons mais espérons ! Le succès, très relatif, de cette journée de protestation populaire du 24 juin 2010 ne doit pas nous faire oublier qu'il manque encore ...et toujours ce souffle du grand soir rédempteur !

 

 

26 juin drapeau rouge* Il est intéressant de constater que, selon l'historien Maurice Dommanget, le drapeau rouge fait sa première apparition le 22 février 1848 (ou le 23 selon les narrateurs) sur les barricades parisiennes. Ce qui fera dire à Proudhon : "Pauvre drapeau rouge ! Tout le monde t'abandonne ! Eh bien ! Moi, je t'embrasse ; je te serre contre ma poitrine." Mais déjà, le soir du 24 février, Lamartine relate l'existence à côté des drapeaux rouges de drapeaux noirs qui "flottent en lambeaux aux bouts des baïonnettes".

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commentaires

Isa 28/06/2010 16:29


Bravo pour ce parallèle. Il n'est en l'honneur du syndicalisme actuel. Nos ancêtres avaient sans doute plus de courage, mais ne désespérons pas.


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