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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 09:54

 

Est-ce bien nécessaire de rappeler l'origine napoléonienne de cette colonne et, en particulier, les intentions belliqueuses qui justifièrent son érection ? Tous les gouvernants sont fiers de montrer leur toute puissance en construisant de tels édifices. Nous ne pouvons que déplorer cette attitude de certains de nos concitoyens vénérant encore ce grand dictateur de l'histoire de France. Quand, en ce 12 avril 1871, les Communards parisiens décident de la destruction de cette colonne, ils furent - sans aucun doute possible - bien inspirés.

 

16 mai Col.VendomeLe préambule de ce 23e décret, validé par le Comité central du Paris insurgé, ne laisse planer aucun doute possible : "Considérant que la colonne impériale est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grands principes de la République française : la fraternité...".

Le 16 mai, dans la liesse populaire, ce monument tombe. Acte combien symbolique dont la chute scelle la fin d'une époque, celle :

- du romantisme révolutionnaire. En effet, la Commune restera le dernier des grands soulèvements populaires caractérisés par l'utilisation de barricades comme technique d'encerclement et de paralysie du pouvoir central ;

- du romantisme artistique. Comment oublier Victor Hugo proclamant, en 1827, le libéralisme littéraire : "Il y a aujourd'hui l'ancien régime littéraire comme l'ancien régime politique. Le dernier siècle pèse encore presque de tout point sur le nouveau" (préface de Cromwell), ou encore en 1830 : "En révolution, tout mouvement fait avancer. La vérité et la liberté ont cela d'excellent que tout ce qu'on fait pour elles, et tout ce qu'on fait contre elles, les sert également" (préface d'Hernani) ? En 1871, alors que Hugo et le romantisme appartiennent au passé, l'impressionnisme quant à lui n'a pas fait salon. Entre les deux, un nouveau courant s'exprime et ses représentants occupent le devant de la scène. Courbet en reste le catalyseur et traîne autour de lui cette forte odeur de scandale caractérisant les débuts du réalisme artistique. La critique bourgeoise ne s'y est pas trompée. Elle l'attaque violemment : "Courbet peint comme un paysan laboure"... Comme vous pouvez l'imaginer : superbe l'ambiance !

C'est donc à tort que les Versaillais* attribuent à Gustave Courbet, proudhonien et partisan convaincu de l'insurrection, la décision de cette destruction. Sans doute n'ont-ils pas oublier ses propos tenus quelques mois avant les événements, lors d'une réunion publique le 29 octobre 1870 : "Tenez, laissez-nous vos canons Krupp, nous les fondrons avec les nôtres ensemble : le dernier canon, gueule en l'air, coiffé du bonnet phrygien, planté sur un piédestal acculé sur trois boulets, et ce monument colossal que nous érigerons ensemble sur la place Vendôme, sera votre colonne à nous et à vous, la colonne des peuples, la colonne de l'Allemagne et de la France à jamais fédérées" (in Lettres à l'armée allemande et aux artistes allemands) ? Sans doute et plus présentement par le rôle éminent qu'il joue dans l'organisation d'un Comité des artistes où il fréquente des personnages comme Corot, Manet, Daumier... Néanmoins – répétons-le -, la décision  de destruction a été prise par le Comité central de la Commune. Courbet n'envisageait que son démontage. Le comité d'artistes qu'il préside n'aura pour mission  que la conservation du patrimoine culturel.

Fait prisonnier à l'issue de la terrible répression versaillaise, il sera condamné à l'emprisonnement. Bien que sa peine soit purgée, la soif de vengeance ne se calme pas pour autant. En 1873, le nouveau président, le général Mac-Mahon, condamne Courbet à reconstruire la colonne à ses dépens. L'artiste ruiné s'engage néanmoins à payer à crédit, sur trente ans, les coûts de la reconstruction. Malheureusement, sa santé décline rapidement sans doute accélérée par ses conditions de détention à Mazas, à la Conciergerie et à Sainte-Pélagie. Son décès subit empêche tout remboursement de la dette. Quel beau, mais triste bras d'honneur fait à ses adversaires !

Cette colonne Vendôme vengeresse rappelle bien la mort des enfants du peuple dont l'un de ses plus grands. Elle reste ce monument glorifiant la haine comme l'est, tout autant, cette basilique expiatoire qui a pris position sur ce tertre de Montmartre. Sa rapide reconstruction prouve que le pouvoir n'aime pas que le peuple se dresse et touche aux valeurs et à l'éclat de sa toute puissance.

 

* Lors de son procès, le 2 septembre 1871, son avocat déclare : "Attribuer à Courbet la destruction de la colonne Vendôme est un parti pris qui est passé à l'état de légende, exploité par les journaux, la caricature, presque tout le monde". Il est condamné à six mois de prison avec ce chef d'inculpation : "complicité de destruction de monuments"...

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