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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 12:54

 

11-juin-Valles.jpgQuelques jours avant ce jour anniversaire, prêt pour parcourir le chemin de Stevenson, quelle étonnante et merveilleuse coïncidence d'être au Puy-en-Velay, ville où Jules Vallès vit le jour ce 11 juin 1832.

Un homme du peuple aux multiples facettes qui, pour beaucoup de ses détracteurs bien pensants, reste un personnage certes révolté mais jugé inclassable. Nenni que ce tintouin ! Vallès a délibérément choisi son camp : celui de la Commune et du peuple en armes. Ne serait-ce que pour ces deux dernières raisons, ce "Jules" nous plaît bien...

 

Il nous importe de faire taire ces spécialistes de la déculturation en citant cet extrait publié dans le premier numéro de La Rue* du 1er juin 1867 :

"Vous le voyez, nous faisons fête à la misère : avancez, les lamentables ! Nous écrivons l'histoire de la souffrance, mais nous écrirons aussi celle du travail. Ce que les autres pour les oisifs célèbres, nous allons le faire pour les artisans inconnus; rôdant, non plus dans les coulisses, les alcôves, mais dans le chantier ou la fabrique, devant la casse ou l'établi, nous raconterons les petits mystères des métiers, quels sont ceux qui les honorent, typographes ébénistes, peintres en bâtiments, scieurs de long, entrepreneurs de bâtisses...

Toute cette vie de lutte sourde, de travail obscur, de misère bizarre, sera décrite dans ses détails précis, sous ses aspects curieux, gracieux, terribles, avec des couleurs chaudes et vives. Nous voulons que vous ayez les yeux et le ur saisis.

Mais comme nous nous appelons la Rue, et non pas le faubourg, ni la Cour des Miracles, nous ne vous enchaînerons point à ces tristesses : nous voulons peindre de la rue les comédies joyeuses aussi bien que les drames tristes, les coins heureux comme les coins sombres, et nous irons, les soirs d'été, du côté des insouciantes et des heureux. Nous regarderons, aux vitres de Samper, le diamant flamber dans l'écrin, et à la vitrine de Cadart et Luquet, Diaz luire comme un rayon de soleil. La dentelle après la guenille ; plus d'odeurs de boue, des parfums d'iris; après avoir épongé la sueur et le sang au flanc des travailleurs ou des blessés, il nous arrivera d'essuyer, avec la barbe de notre plume, le carmin sur les lèvres des filles."

 

Vallès ne laisse planer aucun doute sur ses aspirations vers ce peuple et ses souffrances. Huit jours plus tard, toujours dans le même journal, il écrit :

"Je crois, ma foi, que nous avons frappé juste. Il semblerait, à voir l'empressement avec lequel on a accueilli La Rue, qu'elle répond à des idées et des sentiments qui n'ont point encore eu d'interprète ou que du moins personne n'a osé bravement afficher et défendre.

On n'avait jusqu'ici biographié, caricaturisé ou peint que les aristocrates du talent, du million ou du vice ; nous parlons d'écrire l'histoire des simples et des pauvres. Le journalisme contemporain râle dans l'air rance et fade des bibliothèques ou l'air empesté des coulisses, suçant la chair morte au flanc des cadavres illustres ou mangeant le fard sur la joue des actrices, criant avec les uns : "Vive Platon !" avec les autres : "Vive Siraudin !" les pédants portant dans leurs mains sales le flambeau des nécropoles, les chroniquailleurs écrivant à la lueur d'un quinquet de boui-boui !

Nous venons dire, nous, que nous aimons le soleil et la vie ! Mais songez donc : c'est presque une révolution !

Ils ne savent que tourner, comme des mouches, autour de ceux qui ont de l'encre aux doigts ou de la poudre de riz au cou : ils ne savent que faire des articles à propos d'articles, causer du grand siècle ou du petit Chose, commenter, copier, plagier, ou bien sculpter des mots comme des forçats cisèlent des noyaux de cerise, monter dans les maisons, écouter aux portes, recueillir la salive et filtrer le crachat des autres !"

 

Ces mots cinglent les visages de tous ces cuistres. Ainsi, nous comprenons mieux pourquoi le camarade, le frère Jules Vallès, membre de la Ire Internationale, communard et franc-maçon, soit si mal connoté par cette intelligentsia qui mendie sa pitance auprès des maîtres du monde. Son destin restera frappé du sceau de sa ville natale, cet ancien fief écrasé par  deux monticules portant la marque ostensiblement ridicule et révoltante d'une église catholique impérialiste associée à une bourgeoise provinciale dominante.

 

 

* Journal fondé par Jules Vallès que le pouvoir interdira assez régulièrement. C'est ainsi que le 18 janvier 1868, six mois après sa naissance, La Rue cesse sa parution : la censure refuse à nouveau son visa au numéro 34, dédié à P.-J. Proudhon... Proudhon, Vallès un cocktail explosif !

Le groupe libertaire Louise Michel de la Fédération anarchiste reprendra le titre pour éditer une "revue culturelle et littéraire d'expression anarchiste" (37 numéros de mai 1968 à mai 1986).

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commentaires

Berraud 11/06/2010 14:56


(suite) cadeau immense en terre prolo (93) Saint-Denis ! ET combien de volumes de Jules Vallès étaient OFFERTS ce jour-là ! Et combien de consciences s'éveillaient, entourées qu'elles étaient, chez
les prolos de ce symbole ignoré de nos révolutionnaires patentés : "SOLIDARITE" ! Merci Roland de nous rappeler ce Jules qui n'était même pas dans le fameux "Lagarde et Michard" ! JPB


Berraud 11/06/2010 14:52


Jules Vallès ! Pour beaucoup de parigots, c'est le nom d'un "marché" des Puces de Saint-Ouen (93)! C'est déjà ça !
Quand je parle de Vallès avec des d'jeuns (moins de 40/45 ans) : " cèkicemec " ?
Quand j'étais gamin et que j'allais à la "communale", l'année se terminait par une remise de prix. Les "pris" étaient des livres ! Cadeau immense dans une "cité" prolo (


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