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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 08:01

 

Ce 10 mars 1906, une gigantesque explosion dans la mine de Courrières (Pas-de-Calais) fit quelques 1099 victimes et autant de familles anéanties par la disparition de maris et d'enfants ...

 

Bien que prévenue par les mineurs, la direction ne pouvait ignorer la présence d'un gaz suspect, alors qu'un feu, mal éteint, continuait de couver dans le puits. Un délégué ouvrier avait pourtant demandé l'arrêt des descentes tant que l'extinction du feu n'était pas assurée. Rien n'y fait et, une fois de plus, au nom d'une sacro-sainte rentabilité, la Compagnie minière ordonne la poursuite du travail. Elle porte donc une responsabilité pleine et entière dans ce drame. A l'époque, l'affaire fit grand bruit et fut l'occasion d'une importante contestation ouvrière. Cela permettra d'arracher, le 13 juillet 1906, la première loi sur le repos hebdomadaire. Rien n'est jamais acquis car, depuis, en ce domaine la régression a repris le dessus. Notre esprit chagrin dira : une fois de plus !

 

Revenons à cet événement meurtrier. Pour le relater, j'ai pris l'initiative d'éplucher la presse de l'époque, plus particulièrement le journal hebdomadaire L'anarchie, en date du jeudi 22 mars 1906. L'article est signé Léon Israël et en voici quelques extraits :

 

10-mars-Courrieres.jpg"Le feu dans la mine

 

(…) Ce qui se passe sous nos yeux est bien autrement édifiant et joyeux.

Non que l'accident professionnel de Courrières soit essentiellement propre à exciter notre hilarité.

(…) Avez-vous remarqué aussi combien les condoléances réglementaires, réclame facile,ont apporté de soulagement à tant de douleur ?

Larmes de ministres, pleurs de financiers, regrets d'actionnaires !

Les journalistes retroussent leurs manchettes immaculées, pour relater dans un coin de coron poussiéreux l’héroïsme des survivants, le dévouement des ingénieurs. La bêtise ne perdant jamais ses droits, mêmes aux heures les plus critiques, on voit apparaître avec les autorités officielles, les gestes ordinaires de ce genre de déments.

Les pires catastrophes, les hécatombes les plus sanglantes ne sauraient désarmer la stupidité déconcertante des préjugés germant dans de telles cervelles.

Le moment est trouvé propice pour une distribution de rubans tricolores.

(…) On recherche les responsabilités !

(…) Non, l'ingénieur insouciant,bâclant son travail comme toi, salarié, tu bâcles le tien, non, l'actionnaire, esclave lui de la concurrence, refusant l'arrêt de la mine incendiée, non, ces gens ne peuvent être incriminés : il n'y a pas de responsabilités. Il y a seulement des causes ; et les quelques profiteurs sur qui on voudrait voir s'exercer les foudres de la justice légale, sont impuissants à en arrêter les effets. Une poignée de fonctionnaires disparus, le mécanisme social n'en continuera pas moins à nous écraser. La misère n'en sera ni plus ni moins terrible. La lutte pour la vie n'en sera ni plus ni moins atroce.

Le grisou comme toutes les calamités que nous avons à redouter aura encore de beaux jours.

(…) Le feu est dans la mine soci10-mars-Courrieres-2.jpgale, cette mine où sombrent les faibles, les isolés...

Aidons les éléments de désagrégation ne les combattons pas."

 

Certains pourront affirmer que ce temps est bien loin et que, depuis, tout a changé. Qu'il se détrompe. Certes, les mines ont quasiment disparus du pays. Mais n'y a-t-il pas davantage de risques industriels aux portes de nos villes ? Alors que les autorités nous assurent que la situation reste sous contrôle, la pétro-chimie, le nucléaire, les usines du type AZF et classées Sevezo, etc., combien avons-nous de bombes à retardement prêtes à nous exploser à la figure ?

 

La catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011, cent cinq ans et un jour après – quelle étonnante coïncidence d'anniversaires dramatiques !– ne cesse de nous inquiéter et de nous interpeller. La folie du système capitaliste et de leurs États protecteurs les rend responsables de ces situations. Cette folie du système nous rappelle également que les travailleurs et les populations marchent sur un fil tendu au-dessus de l'abîme. Ils restent tout le temps les principales victimes de ce système d'exploitation à la considération humaine des plus limitée.

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